Cameroun : Paul Biya prête serment pour un huitième mandat dans un climat de tensions post-électorales
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Cameroun : Paul Biya prête serment pour un huitième mandat dans un climat de tensions post-électorales

Le président camerounais Paul Biya a prêté serment ce jeudi 6 novembre 2025, pour un huitième mandat consécutif à la tête du pays. À 92 ans, et après 43 ans passés au pouvoir, il devient une fois de plus le doyen des chefs d’État en exercice dans le monde. La cérémonie solennelle s’est tenue à l’Assemblée nationale, à Yaoundé, sous haute sécurité, en présence des parlementaires, des membres du gouvernement et de plusieurs représentants diplomatiques.

Le Conseil constitutionnel avait proclamé Paul Biya vainqueur de l’élection présidentielle du 12 octobre dernier, avec 53,66 % des suffrages, devant son principal challenger Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre passé dans l’opposition. Ce dernier, contestant les résultats, revendique également la victoire, accusant le régime d’avoir « confisqué le choix du peuple ».

Depuis la proclamation des résultats, le Cameroun est traversé par une vague de contestations. À l’appel d’Issa Tchiroma Bakary, plusieurs villes ont observé trois journées de « villes mortes » du 3 au 5 novembre. Si le mouvement a été diversement suivi à travers le pays, il a paralysé certaines localités du Nord et de l’Ouest, où la mobilisation a été plus marquée.

Ces manifestations ont dégénéré dans plusieurs villes, faisant des dizaines de morts selon des sources de la société civile. Le gouvernement, qui reconnaît des « pertes en vies humaines », n’a toutefois publié aucun bilan officiel. Des témoins rapportent des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants, ainsi que d’importants dégâts matériels.

Dans son discours d’investiture, Paul Biya a appelé à « l’union sacrée » et à la préservation de la paix. « Ce mandat m’a été confié par le peuple camerounais et par la volonté de Dieu. Je peux vous l’assurer : l’ordre règnera », a-t-il déclaré, tout en adressant ses condoléances aux familles des victimes des récents troubles.

Sans citer nommément son rival, le président a dénoncé « l’attitude irresponsable de certains politiciens » qui, selon lui, tentent de semer le chaos. Le gouvernement a par ailleurs annoncé son intention d’engager des poursuites judiciaires contre Issa Tchiroma Bakary pour « incitation à l’insurrection ».

Les observateurs internationaux, dont l’Union européenne, l’Union africaine et le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, ont condamné la répression violente des manifestations et appelé à une enquête indépendante.

L’International Crisis Group (ICG) s’inquiète du risque d’aggravation des troubles, dans un pays déjà confronté à des tensions séparatistes dans ses régions anglophones et à une situation économique fragile.

Alors que Paul Biya entame un nouveau septennat, le Cameroun demeure profondément divisé. Entre appels au dialogue, menaces judiciaires et crise de confiance, le pays s’interroge sur son avenir politique et sur la capacité de son vieux président à ramener la stabilité dans un contexte explosif.

La Rédaction

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