Tchad : quand la corruption engloutit des milliards et laisse un pays riche dans la pauvreté
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Tchad : quand la corruption engloutit des milliards et laisse un pays riche dans la pauvreté

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la corruption, célébrée chaque 9 décembre, l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC) a livré un constat implacable : les dérives financières continuent de priver le Tchad d’une part essentielle de ses ressources.

Son contrôleur général, Ousmane Abderrahmane Djougourou, révèle que les différentes missions de contrôle menées par l’institution ont permis de mettre au jour des irrégularités massives. Au total, 910 milliards FCFA ont été rétablis dans les comptes, dont 120 milliards FCFA déjà recouvrés :

  • 22 milliards FCFA reversés directement au Trésor public,
  • 98 milliards FCFA récupérés sous forme de compensations de dettes.

Le chiffre le plus frappant demeure toutefois le montant toujours en suspens : plus de 790 milliards FCFA restent à recouvrer, un manque à gagner colossal pour un pays en quête de décollage socio-économique.

Derrière ces montants faramineux se dessine un paradoxe que le Contrôleur général qualifie lui-même « d’inacceptable ». Car le Tchad, loin d’être démuni, possède des ressources qui pourraient faire de lui une puissance économique régionale.

Le territoire tchadien recèle :

  • 39 millions d’hectares de terres arables,
  • L’un des plus importants cheptels d’Afrique avec plus de 150 millions de têtes de bétail,
  • Un sous-sol riche en pétrole, gaz, or, uranium, tungstène, bauxite et fer,
  • Des réserves hydriques abondantes, de surface comme souterraines.

À ces atouts naturels s’ajoute un capital humain considérable, avec une population jeune dont 70 % a moins de 30 ans. Pourtant, malgré cette richesse potentielle, la majorité des Tchadiens demeure prisonnière de la pauvreté.

Pour Ousmane Abderrahmane Djougourou, ce décalage criant s’explique en grande partie par les déficiences de gouvernance et la persistance de pratiques corruptrices. Les indicateurs internationaux confirment ce diagnostic sévère.

Selon le Classement 2024 de l’Indice de perception de la corruption de Transparency International, le Tchad n’occupe que la 158ᵉ place sur 180 pays. Le rapport 2025 du PNUD dresse un tableau tout aussi sombre : le pays se situe au 190ᵉ rang mondial sur 193 en matière de développement humain, et n’est que 49ᵉ sur 52 à l’échelle du continent africain.

Ces chiffres, souligne le Contrôleur général, traduisent « un fossé immense entre le potentiel du pays et la qualité de vie de sa population ». Ils rappellent surtout l’urgence d’une action collective pour briser le cercle vicieux de la mauvaise gestion et de la corruption systémique.

En cette journée mondiale dédiée à ce combat, l’AILC exhorte les institutions, les citoyens et les partenaires du pays à renforcer leur engagement afin que les ressources du Tchad profitent enfin à celles et ceux pour qui elles existent : les Tchadiens.

La Rédaction

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