Une nouvelle zone de turbulence s’est ouverte dans les relations déjà fragilisées entre l’Afrique du Sud et les États-Unis. Le gouvernement sud-africain a convoqué l’ambassadeur américain en poste à Pretoria, Brent Bozell, après une prise de parole publique jugée provocatrice et contraire aux usages diplomatiques.
À peine un mois après son arrivée, le diplomate s’est attiré les foudres des autorités sud-africaines en dénonçant le chant militant « Kill the Boer, Kill the farmer », qualifié par ses soins de « discours de haine ». Plus choquant encore pour Pretoria, il a ajouté : « Je n’ai que faire de ce que vos tribunaux disent ».
La réaction ne s’est pas fait attendre : le ministre sud-africain des Relations internationales, Ronald Lamola, a exigé des explications formelles, convoquant en urgence le diplomate.
Cette sortie intervient dans un climat bilatéral déjà lourd, marqué par les critiques américaines visant la plainte déposée par Pretoria contre Israël devant la Cour internationale de justice pour la guerre à Gaza, ainsi que par les accusations américaines de persécution à l’égard des Afrikaners.
Face au tollé, l’ambassadeur a tenté de calmer le jeu dans un message publié sur X. Il y assure que Washington respecte les décisions de la justice sud-africaine, laquelle considère que le slogan incriminé doit être replacé dans son contexte historique, celui de la lutte contre l’apartheid. Une nuance jugée tardive par Pretoria, qui maintient sa demande d’explications.
Le sujet du chant militant avait déjà provoqué un incident diplomatique majeur. Lors d’une rencontre à la Maison-Blanche en 2025 entre le président sud-africain Cyril Ramaphosa et le président américain de l’époque, Donald Trump, ce dernier avait diffusé une vidéo montrant l’opposant radical sud-africain Julius Malema entonnant le chant, afin d’appuyer ses accusations de « persécution » des fermiers blancs. Ramaphosa avait alors rappelé que Malema était « un adversaire politique », non un représentant officiel du pays.
Comme si cela ne suffisait pas, l’ambassadeur Bozell a également attaqué les programmes sud-africains de discrimination positive, estimant qu’ils freinaient la croissance économique. Une analyse jugée « infondée » par Ronald Lamola, qui rappelle qu’il s’agit d’un impératif constitutionnel destiné à corriger les déséquilibres hérités de l’apartheid.
En quelques semaines seulement, le nouvel ambassadeur aura ravivé des tensions que Washington comme Pretoria peinaient déjà à contenir. Alors que le gouvernement sud-africain attend toujours des explications officielles, les États-Unis tentent de minimiser l’incident.
Mais cette affaire, nourrie par des divergences profondes, diplomatiques, politiques et aujourd’hui mémorielles, pourrait bien installer une brouille durable entre deux partenaires condamnés à coopérer mais de plus en plus défiants l’un envers l’autre.
La Rédaction



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