Élu le 9 mai 2024 avec 61,03 % des voix dès le premier tour, résultat ensuite validé par le Conseil constitutionnel, Mahamat Idriss Deby Itno aborde sa troisième année de mandat au terme d’une séquence politique décisive pour le Tchad. Après une transition de trois ans qui a profondément reconfiguré les institutions, le pays se trouve aujourd’hui à un carrefour : la normalisation politique est engagée, mais les défis sécuritaires, économiques et sociaux demeurent considérables.
La première promesse de ces deux années aura été l’achèvement du long processus de transition ouvert en 2021. L’adoption de la nouvelle Constitution et l’organisation d’élections générales ont permis de mettre en place les institutions de la Ve République, du nouveau Parlement à la Cour suprême, en passant par un Conseil constitutionnel désormais pleinement opérationnel. Un retour à l’ordre institutionnel qui, selon le gouvernement, marque la fin d’une période d’exception et la restauration de la légitimité politique. Pourtant, la société civile et une partie de l’opposition continuent de dénoncer un processus jugé insuffisamment inclusif, rappelant que la normalisation reste encore inachevée pour de nombreux acteurs.
Sur le terrain sécuritaire, le président a consolidé une stratégie de continuité : mobilité accrue des troupes, modernisation de l’armée, réactivité renforcée. Dans un environnement régional marqué par l’instabilité chronique, les défis demeurent nombreux. Le bassin du Lac reste sous la pression de groupes armés, la situation en Libye demeure explosive, la frontière avec le Soudan est toujours poreuse et la menace terroriste se propage dans le Sahel. Si certaines opérations militaires ont permis de réduire l’activité de factions djihadistes et que la coopération régionale s’est renforcée, les attaques sporadiques rappellent la fragilité de l’équilibre sécuritaire. Le véritable défi reste toutefois la transition vers une sécurité durable, fondée autant sur le développement local que sur la réponse militaire.
L’économie, quant à elle, montre des signes timides de relance. Le gouvernement a misé sur la stabilisation budgétaire, l’agriculture et la modernisation des infrastructures pour redynamiser l’activité. Mais les résultats peinent à se traduire dans le quotidien des citoyens. La dépendance au pétrole continue d’exposer le pays aux fluctuations du marché, tandis que le coût de la vie ne cesse d’augmenter, alimentant le mécontentement social. L’éducation et la santé souffrent d’un sous-financement persistant, et la jeunesse, majoritaire dans le pays, attend des opportunités d’emplois plus tangibles. Malgré plusieurs programmes d’inclusion économique, le sentiment dominant reste celui d’un impact insuffisant sur les réalités sociales.
Sur le plan de la gouvernance, le bilan oscille entre ouverture affichée et critiques récurrentes. Si un effort de dialogue national a été entrepris et que certaines figures politiques ont été réintégrées, de nombreux observateurs pointent la persistance d’un espace civique contrôlé, d’arrestations de militants et d’une centralisation du pouvoir jugée excessive. La lutte contre la corruption, souvent annoncée, manque encore de lisibilité pour convaincre pleinement l’opinion publique. Dans un contexte où les attentes sociales sont immenses, cette perception alimente le doute sur la capacité du pouvoir à transformer les intentions en réformes structurelles.
À deux ans de son élection, Mahamat Idriss Deby Itno a incontestablement réussi à stabiliser l’architecture institutionnelle et à maintenir une autorité politique forte dans un environnement régional particulièrement volatile. La phase qui s’ouvre désormais ne sera plus jugée sur la transition, mais sur les résultats. Amélioration du pouvoir d’achat, réduction du chômage des jeunes, transparence de la gouvernance, sécurisation durable du territoire, investissements dans les services publics : autant de chantiers où le président est attendu au tournant. Le défi majeur sera de convertir la stabilité institutionnelle acquise en progrès social et économique perceptible pour l’ensemble de la population.
Deux ans après son élection, le bilan du chef de l’État apparaît contrasté. La transition est achevée, les institutions consolidées et la sécurité globalement contenue, mais les avancées sociales et économiques restent encore en deçà des attentes d’un pays jeune, exigeant et confronté à de fortes pressions. La seconde partie du mandat sera déterminante pour transformer les promesses de normalisation en réalité vécue.
MBAÏLEDE Trésor



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