Un tournant majeur s’opère au sommet de l’État sénégalais. En dévoilant un nouveau gouvernement largement affranchi de l’influence du Pastef, le président Bassirou Diomaye Faye a consacré, lundi, une recomposition profonde du paysage politique national. Cette équipe ministérielle, présentée comme un instrument de performance et de résultats, marque surtout la fin d’une alliance qui avait porté au pouvoir le tandem Faye-Sonko.
Onze jours après l’éviction d’Ousmane Sonko de la Primature, le chef de l’État a validé la composition d’un cabinet de trente membres pilotés par le nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô. Une architecture gouvernementale qui se distingue par l’absence quasi totale des figures emblématiques du Pastef, formation politique dont M. Faye demeure pourtant issu.
Depuis plusieurs mois, les divergences entre les deux anciens compagnons de lutte s’étaient progressivement installées dans les sphères du pouvoir. Les désaccords, longtemps contenus, ont finalement éclaté au grand jour lors des discussions sur la structuration du nouvel exécutif.
Le Pastef a officiellement décliné toute participation au gouvernement, invoquant des différends substantiels concernant la place de la majorité politique dans l’appareil exécutif. Malgré plusieurs tentatives de rapprochement et des consultations de dernière minute, aucun compromis n’a pu être trouvé entre les deux camps.
Cette décision consacre de fait une séparation politique aux conséquences encore difficiles à mesurer dans un contexte économique particulièrement délicat, marqué par une forte pression sur les finances publiques et des négociations sensibles avec les partenaires internationaux.
Le nouvel attelage gouvernemental privilégie une approche fondée sur l’expertise administrative et la compétence technique. Plusieurs personnalités réputées pour leur maîtrise des dossiers économiques et institutionnels ont été maintenues ou promues à des postes stratégiques.
Présenté par le Premier ministre comme un « gouvernement de mission », ce cabinet devra rapidement démontrer sa capacité à produire des résultats tangibles. Toutefois, son lancement intervient dans un climat politique tendu. L’éloignement du Pastef, principal moteur électoral de l’alternance de 2024, prive l’exécutif d’une partie de sa base militante et pourrait compliquer la mise en œuvre de certaines réformes.
Autre point de fragilité : la faible représentation féminine. Avec seulement quatre femmes ministres, la nouvelle équipe reste loin des ambitions affichées en matière d’inclusion et de parité.
Au-delà des nominations, cette recomposition gouvernementale révèle surtout une nouvelle réalité politique : Bassirou Diomaye Faye entend désormais exercer son pouvoir selon sa propre ligne stratégique, quitte à prendre ses distances avec celui qui fut longtemps son principal allié. Une orientation qui ouvre une nouvelle séquence politique au Sénégal, entre quête de stabilité institutionnelle et incertitudes sur l’avenir de la majorité issue de l’alternance.
MBAÏLEDE Trésor



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