N’Djamena : à Toukra Mousgoum, un déguerpissement controversé réduit des dizaines de maisons en gravats
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N’Djamena : à Toukra Mousgoum, un déguerpissement controversé réduit des dizaines de maisons en gravats

En quelques heures, le paysage du carré 47 de Toukra Mousgoum a basculé. Là où se dressaient encore des habitations au petit matin du jeudi 25 juin, ne subsistent aujourd’hui que des pans de murs écroulés, des tôles tordues et des familles cherchant à sauver les rares biens épargnés par les bulldozers. Cette opération de déguerpissement, conduite par la commune du 9 arrondissement, suscite une vive polémique et relance le débat sur le respect des procédures administratives et des droits des citoyens.

Les habitants racontent avoir été surpris par l’arrivée des engins de démolition accompagnés d’agents communaux. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, aucune notification officielle ni aucun délai ne leur auraient été accordés avant le début des destructions.

En quelques instants, plusieurs concessions ont été démolies, laissant des dizaines de familles sans toit. Des meubles ensevelis sous les décombres, des documents administratifs perdus, des enfants contraints d’assister à la destruction de leur domicile : les scènes observées sur place traduisent l’ampleur du choc vécu par les riverains.

Parmi les personnes les plus touchées figure Bande Raymond, chef du carré 47, qui affirme que sa propre concession a été détruite alors qu’elle ne figurait pas parmi les habitations concernées.

Selon son récit, il aurait tenté d’obtenir un délai de quelques jours afin que les familles puissent évacuer leurs effets personnels avant toute intervention.

« Nous avons demandé seulement trois jours pour mettre nos biens à l’abri. Cette demande n’a pas été prise en compte. Quelques instants plus tard, le bulldozer s’est dirigé vers ma maison. Plus de six chambres ont été détruites », affirme-t-il.

Aujourd’hui, sa famille, comme plusieurs autres, se retrouve sans logement.

Les habitants soutiennent que le différend concernant cette parcelle faisait déjà l’objet d’une procédure judiciaire. D’après eux, le dossier suivait son cours devant les juridictions compétentes et plusieurs décisions leur étaient favorables.

Ils estiment que l’intervention de la commune est intervenue alors que le contentieux n’était pas définitivement tranché, ce qui nourrit leur incompréhension.

Selon les victimes, aucune décision judiciaire n’aurait été présentée lors de l’opération, pas plus qu’un document officiel autorisant l’exécution immédiate des démolitions.

Alerté par les habitants et par le député Takilal Dolassem, le ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Urbanisme, Mahamat Assileck Halata, s’est rendu sur les lieux.

D’après les déclarations rapportées par les victimes, le ministre aurait indiqué que le carré 47 de Toukra Mousgoum ne constitue ni une réserve foncière de l’État ni un périmètre officiellement concerné par une opération de déguerpissement.

Toujours selon ces témoignages, il aurait estimé que la commune du 9ᵉ arrondissement ne disposait pas des compétences nécessaires pour engager une telle opération sur ce site, invitant les habitants à demeurer sur les lieux.

Ces déclarations, si elles sont confirmées, renforcent les interrogations sur le fondement juridique de l’intervention.

Face aux critiques grandissantes, les responsables de la commune du 9ᵉ arrondissement se sont rendus sur place dans la soirée du vendredi 26 juin afin d’exposer leur version des faits.

Ils soutiennent que les occupants avaient été informés depuis plusieurs années de l’obligation de quitter les lieux, estimant que cette opération ne constitue que l’application d’une décision déjà connue des riverains.

Cette version est toutefois rejetée par les habitants, qui affirment n’avoir reçu aucune notification individuelle, aucun ordre écrit de libération des lieux, ni aucune mesure d’accompagnement avant les démolitions.

Au-delà du différend foncier, cette affaire met en lumière les conséquences humaines des opérations de déguerpissement lorsqu’elles sont contestées. Plusieurs familles se retrouvent aujourd’hui sans abri, tandis que les enfants et les personnes âgées figurent parmi les premières victimes de cette situation.

L’affaire soulève également des questions sur le respect des procédures administratives, l’exécution des décisions en matière foncière et la coordination entre les autorités locales et les institutions compétentes.

Les habitants réclament désormais qu’une enquête soit menée afin d’établir les responsabilités et de déterminer si toutes les exigences légales ont été respectées avant le lancement de cette opération.

Alors que les réactions continuent de se multiplier, cette affaire pourrait devenir un nouveau test pour la gestion des conflits fonciers à N’Djamena, où les tensions liées à l’occupation des terres demeurent une source récurrente de contentieux.

En attendant d’éventuelles décisions administratives ou judiciaires, les familles du carré 47 tentent de reconstruire leur quotidien au milieu des gravats, dans l’espoir que toute la lumière soit faite sur les circonstances ayant conduit à la destruction de leurs habitations.

MBAÏLEDE Trésor

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