Au Tchad, la saison des pluies, habituellement porteuse d’espoir pour des millions de familles rurales, suscite cette année de plus en plus d’inquiétudes. Dans plusieurs localités, les précipitations se font rares ou irrégulières, compromettant les activités agricoles et faisant planer le risque d’une baisse importante des récoltes.
La question n’est désormais plus seulement celle de la pluie. Elle touche directement à la sécurité alimentaire, aux revenus des ménages, aux prix des denrées et, à terme, à la capacité des populations les plus vulnérables à se nourrir.
Dans un pays où une grande partie de la population dépend encore de l’agriculture pluviale, l’eau du ciel demeure un facteur déterminant de la production. Lorsque les pluies tardent, s’interrompent trop longtemps ou deviennent insuffisantes, les conséquences se font rapidement sentir dans les champs.
Les premières inquiétudes concernent les producteurs qui ont déjà engagé des dépenses pour préparer leurs parcelles, acheter des semences et mobiliser de la main-d’œuvre. Une mauvaise campagne agricole pourrait ainsi signifier moins de récoltes, moins de revenus et davantage de difficultés pour les ménages ruraux.
Les prévisions agro-hydro-climatiques présentées en avril 2026 avaient déjà fait état de cumuls pluviométriques susceptibles d’être déficitaires à moyens sur certaines périodes, avec des séquences sèches pouvant être longues dans plusieurs zones agricoles.
L’enjeu est donc considérable : une pluviométrie insuffisante aujourd’hui peut devenir un problème alimentaire dans les prochains mois.
Quand les prières traduisent l’inquiétude
Face à cette situation, les autorités religieuses se mobilisent. Des séances de prières et des invocations sont organisées dans plusieurs communautés pour implorer des précipitations abondantes.
Cette mobilisation religieuse dépasse le seul cadre spirituel. Elle traduit aussi l’inquiétude grandissante de populations dont l’avenir dépend en partie de la réussite de la campagne agricole.
Les autorités administratives, civiles et militaires participent également à cette dynamique, signe que la question de la pluviométrie n’est plus perçue comme une simple préoccupation des agriculteurs, mais comme un enjeu pouvant toucher l’ensemble du pays.
Le gouvernement commence déjà à prendre des précautions
Un autre signal est venu du ministère du Commerce et de l’Industrie.
Par un arrêté signé le 9 septembre 2026, le ministre Dr Guibolo Fanga Mathieu a interdit l’exportation de plusieurs produits agricoles essentiels, notamment le mil, le maïs, le riz, le sorgho et le blé. La mesure concerne également certaines graines, ainsi que les sons et tourteaux issus de ces produits.
Pourquoi une telle décision ?
La réponse se trouve dans la logique de préservation du marché intérieur. Lorsque les perspectives de production deviennent incertaines et que les stocks risquent de se contracter, laisser sortir massivement les céréales du territoire pourrait accentuer la pression sur l’offre nationale et contribuer à une hausse des prix.
L’interdiction vise donc à maintenir les denrées disponibles sur le marché tchadien et à prévenir une éventuelle tension alimentaire. Le gouvernement entend également contenir la hausse des prix et protéger les consommateurs.
Certaines exportations restent toutefois autorisées, notamment celles du sésame, de l’arachide et du coton fibre, tandis que d’autres dérogations nécessitent une autorisation expresse des services compétents.
De la pluie à la sécurité alimentaire : le gouvernement tire-t-il la sonnette d’alarme ?
Cette succession de mesures et de mobilisations pose une question centrale : le Tchad se prépare-t-il à une éventuelle crise alimentaire ?
Il serait prématuré de parler d’une famine généralisée. Une mauvaise saison des pluies ne conduit pas automatiquement à une famine. Celle-ci dépend de nombreux facteurs : niveau des stocks, prix des denrées, accès aux marchés, capacité d’achat des ménages, disponibilité des pâturages, situation pastorale, interventions publiques et assistance humanitaire.
Mais les signaux actuels méritent une attention particulière.
La décision de limiter les exportations céréalières intervient précisément dans un contexte d’irrégularité des pluies et d’inquiétude sur la production agricole. Elle peut donc être interprétée comme une mesure préventive visant à éviter que la situation ne se transforme en pénurie ou en flambée incontrôlée des prix.
À la COP17, le Tchad plaide pour une réponse face à la sécheresse
Sur le front international, le Tchad tente également de faire entendre sa voix.
À la COP17 sur la lutte contre la désertification, organisée à Oulan-Bator en Mongolie en août 2026, le ministre de l’Environnement, de la Pêche et du Développement durable, Hassan Bakhit Djamous, a représenté le pays autour des enjeux de sécheresse, de dégradation des terres et de restauration des écosystèmes.
La participation tchadienne s’inscrit dans une réalité nationale particulièrement préoccupante : désertification, dégradation des terres, variabilité climatique et vulnérabilité des communautés rurales se conjuguent pour fragiliser les moyens de subsistance.
À travers la Grande Muraille Verte et les programmes de restauration des terres, N’Djamena cherche notamment à renforcer la résilience des populations face aux effets du changement climatique.
L’urgence est désormais d’anticiper
Prières, mobilisation des autorités, restrictions sur les exportations et plaidoyer international : tous ces éléments convergent vers une même réalité, celle d’un pays qui doit se préparer à différents scénarios.
La priorité ne devrait toutefois pas être uniquement de réagir lorsque les récoltes auront déjà diminué. Elle consiste également à anticiper : surveiller les stocks céréaliers, renforcer les systèmes d’alerte, soutenir les agriculteurs, sécuriser les semences, accompagner les éleveurs, lutter contre la spéculation et garantir l’accès des ménages vulnérables aux denrées essentielles.
Car derrière chaque millimètre de pluie manquant se trouve une chaîne de conséquences potentiellement lourdes : une parcelle qui produit moins, un agriculteur qui perd ses revenus, un marché qui se renchérit et une famille qui peine davantage à remplir son panier.
Une saison qui pourrait peser lourd
La question posée aujourd’hui est donc moins de savoir si la rareté des pluies provoquera à elle seule une famine que de déterminer si elle pourrait devenir l’un des facteurs majeurs d’une crise alimentaire plus large.
Le gouvernement semble avoir choisi la prévention. Les autorités religieuses prient pour le retour des pluies. Les producteurs, eux, attendent toujours le ciel.
Au Tchad, la prochaine pluie pourrait ainsi être bien plus qu’une simple précipitation : elle pourrait être l’un des premiers remparts contre une campagne agricole difficile et ses conséquences sociales.
MBAÏLEDE Trésor



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