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À N’Djamena, un pacte pour transformer le Fret : le Tchad, le Cameroun et la RCA, passent à l’ère des corridors digitaux

Sous un soleil écrasant qui semblait vouloir tester la résistance des hommes autant que celle des institutions, N’Djamena a vécu ce mardi un moment charnière pour l’avenir logistique de l’Afrique centrale. Dans les salons feutrés mais chargés d’enjeux de la 5 édition du Forum Tripartite Tchad–Cameroun–RCA à Radisson Blu, une nouvelle page de l’histoire du Fret régional s’est écrite : celle des corridors digitaux souverains.

Ce n’était pas une simple signature protocolaire. C’était un basculement assumé vers une nouvelle architecture du commerce sous-régional. Autour de la table, trois figures clés ont scellé ce virage : Saleh Youssouf Erda, Directeur Général du BNFT, El Hadj Oumarou, Coordonnateur Général du BGFT, et M. Fred Ferlin Yangbada, représentant du ministère des Transports de la République centrafricaine. Ensemble, ils ont paraphé le Pacte de la Digitalisation des Corridors – Horizon 2028.

Derrière les formules administratives, un objectif limpide : transformer en profondeur la circulation des marchandises entre le bassin logistique de Douala, le port stratégique de Kribi, Cameroun, Tchad et la République centrafricaine. Un espace économique qui irrigue un marché de plus de vingt millions de consommateurs, où chaque retard de camion, chaque papier manquant, chaque contrôle redondant se traduit immédiatement par des prix plus élevés et des produits plus rares sur les marchés.

Pendant des années, les corridors reliant ces États ont fonctionné comme des artères vitales partiellement obstruées : procédures papier lourdes, contrôles dispersés, informations fragmentées, paiements ralentis. Le résultat est connu des opérateurs comme des ménages : délais imprévisibles, surcoûts logistiques et tension permanente sur les biens de première nécessité.

Le Pacte « Horizon 2028 » entend rompre avec cette inertie. Son ambition est claire : une digitalisation intégrale du fret en quatre ans, de la déclaration initiale jusqu’à la livraison finale, en passant par les contrôles et les paiements. Une transformation qui ne se limite pas à la technique, mais qui revendique une portée politique : celle d’une souveraineté logistique assumée.

Quatre piliers structurent ce projet d’intégration accélérée.

D’abord, l’interopérabilité des systèmes numériques existants. Les plateformes nationales notamment LANDFREIGHTIS+ au Cameroun, e-BNFT au Tchad et le futur système centrafricain devront désormais communiquer sans rupture, formant un continuum numérique sur l’ensemble des corridors.

Ensuite, l’harmonisation des règles et des données. Documents unifiés, procédures standardisées, profils des acteurs du transport normalisés : l’objectif est de réduire les zones grises administratives qui nourrissent lenteurs et surcoûts.

Troisième pilier, la mutualisation des compétences. Des programmes de formation croisés entre administrations et opérateurs doivent permettre d’élever le niveau technique homogène des équipes nationales.

Enfin, le soutien à l’initiative AFRICAFRET, pensée comme un levier panafricain d’intégration logistique et de souveraineté des données, en cohérence avec les ambitions de la ZLECAF.

Ce qui s’est joué à N’Djamena dépasse le cadre d’un simple accord technique. C’est une reconfiguration progressive des routes commerciales régionales, où les corridors physiques deviennent des corridors numériques, où les camions transportent autant de données que de marchandises, et où la performance logistique devient un enjeu de souveraineté économique.

En refermant les dossiers du jour, une certitude s’impose : l’Afrique centrale n’a pas seulement signé un pacte. Elle a ouvert une course contre la montre. Celle qui doit, d’ici 2028, transformer des corridors encore fragmentés en un réseau fluide, interconnecté et sans papier à la hauteur des ambitions d’un marché régional en pleine mutation.

La Rédaction

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