Dans une tribune publiée par AFRICAPRESSE.PARIS, l’ancien Premier ministre tchadien et chef de file de l’opposition, Pahimi Padacké Albert, appelle les Africains à dépasser les réflexes émotionnels et religieux pour analyser avec lucidité le conflit opposant Iran à Israël, dans un contexte de tensions élargies impliquant aussi les États‑Unis. Pour lui, l’Afrique doit cesser de réagir par passion et commencer à penser en stratège.
Selon le président du RNDT Le Réveil, la guerre actuelle n’est ni une confrontation de civilisations ni un affrontement religieux. Pourtant, sur le continent africain, deux réflexes persistent : soutenir Israël au nom d’une prétendue proximité « judéo-chrétienne » ou appuyer l’Iran au nom d’une solidarité islamique.
Pour Pahimi Padacké Albert, ces lectures sont trompeuses. Israël, rappelle-t-il, est avant tout un État-nation né d’un projet politique sioniste, où les chrétiens représentent moins de 2 % de la population, bien moins que les musulmans. De l’autre côté, l’Iran n’est pas un État arabe mais perse, dont la révolution islamique de 1979 a surtout consacré un projet politique et stratégique porté par les mollahs.
Dans les deux cas, affirme-t-il, la religion sert souvent de levier de légitimation à des objectifs bien plus concrets : sécurité, influence régionale et contrôle des routes énergétiques.
Si la guerre semble géographiquement éloignée, ses répercussions sur l’Afrique sont bien réelles. L’ancien Premier ministre pointe quatre impacts majeurs.
Le premier est énergétique. Toute escalade dans le Golfe menace la stabilité des marchés pétroliers, ce qui alourdit les factures énergétiques des pays africains dépendants des importations.
Le second risque est géopolitique : celui de voir le continent devenir un terrain d’influence indirecte. Israël développe depuis plusieurs années des coopérations sécuritaires en Afrique, tandis que l’Iran renforce sa présence diplomatique dans certains États en rupture avec l’Occident, notamment dans le Sahel.
Troisième conséquence : les tensions religieuses internes. Le conflit nourrit des divisions entre communautés chrétiennes et musulmanes ou entre courants sunnites et chiites dans des sociétés déjà fragilisées.
Enfin, l’enjeu est diplomatique. L’Afrique apparaît aujourd’hui divisée, entre États proches de Tel-Aviv, sympathisants de Téhéran et un large groupe appelant à la désescalade. L’Union africaine, malgré ses appels à la retenue, peine encore à dégager une position stratégique commune.
Face à cette situation, Pahimi Padacké Albert plaide pour une posture africaine indépendante. Selon lui, le continent ne doit ni s’aligner sur Israël ni sur l’Iran, mais défendre avant tout ses propres intérêts.
Il propose trois principes directeurs : le respect du droit international et la protection des civils, la défense des intérêts économiques et énergétiques africains, et le renforcement d’une diplomatie continentale capable de parler d’une seule voix dans les grandes crises internationales.
Au-delà du conflit lui-même, l’ancien chef du gouvernement tchadien appelle les intellectuels, les médias et les dirigeants africains à un travail de pédagogie politique.
Pour lui, la véritable question n’est pas de savoir qui a raison entre Téhéran et Tel-Aviv, mais ce que l’Afrique gagne ou perd à s’aligner sur l’un ou l’autre camp.
« Le jour où l’Afrique regardera ce conflit avec les lunettes de ses propres intérêts, elle cessera d’applaudir depuis les gradins et deviendra enfin un acteur de l’histoire mondiale », conclut-il.
Source : AFRICAPRESSE.PARIS



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