Actualités Actualités Faits divers Nationale

Contrôle de l’AILC à la SHT : la riposte de la société pétrolière relance le débat sur les méthodes d’investigation

Le différend entre la Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT) et l’Autorité Indépendante de Lutte contre la Corruption (AILC) franchit un nouveau cap. Après les accusations formulées par l’Autorité à la suite de son intervention du 7 août dans les locaux de la compagnie pétrolière, la SHT monte au créneau et livre, dans un communiqué publié le 13 août, une version nettement différente du déroulement des opérations.

L’entreprise ne remet pas en cause le principe des investigations anticorruption. Elle conteste en revanche les méthodes employées lors du contrôle, qu’elle juge « disproportionnées », et réclame que les procédures ainsi que les droits des personnes concernées soient strictement respectées.

Face aux accusations d’entrave au contrôle, la SHT affirme avoir, dès le début de la mission, collaboré avec les équipes de l’AILC. Selon la direction, un point focal avait été désigné et un espace de travail mis à la disposition des contrôleurs afin de faciliter leurs opérations.

La société assure également avoir répondu aux différentes sollicitations et transmis les documents demandés dans les délais impartis. Les précautions prises dans la communication de certaines informations, explique-t-elle, relevaient de ses procédures internes et de la nature des documents concernés.

Une mise au point destinée, surtout, à écarter l’idée d’une obstruction volontaire aux investigations.

Le principal point de friction porte désormais sur les conditions dans lesquelles le contrôle aurait été mené le 7 août.

La SHT dénonce une intervention qu’elle considère comme excessive et estime que certaines mesures prises sur place ne seraient pas compatibles avec les garanties normalement attachées à une procédure de contrôle.

La société invoque notamment les principes d’impartialité, de présomption d’innocence et de respect des droits de la défense, estimant que la lutte contre la corruption ne saurait justifier, à elle seule, des méthodes qui s’affranchiraient des règles encadrant l’action des autorités publiques.

L’épisode le plus sensible concerne la Directrice Commerciale et Marketing de la SHT.

D’après la société, cette responsable aurait été maintenue dans son bureau pendant près de cinq heures sous la surveillance d’agents de l’AILC accompagnés de militaires armés. Son téléphone personnel ainsi que son ordinateur professionnel auraient également été retirés au cours de l’opération.

La direction de la SHT qualifie cette situation d’« humiliante et dégradante » et demande que soient établies les bases juridiques ayant encadré une telle intervention.

Au-delà du cas individuel, cet épisode cristallise la controverse entre les deux institutions et soulève une question centrale : jusqu’où une opération de contrôle peut-elle aller sans porter atteinte aux garanties reconnues aux personnes concernées ?

La SHT conteste également plusieurs éléments avancés par l’AILC dans son communiqué du 12 août.

Pour étayer sa position, l’entreprise évoque notamment des correspondances adressées à l’Autorité le 6 août, à la veille de l’intervention. Ces échanges, soutient-elle, démontreraient que la société poursuivait sa coopération avec les contrôleurs et répondait aux demandes formulées.

La direction réfute par ailleurs la version selon laquelle la Directrice Commerciale et Marketing aurait elle-même imprimé les factures recherchées avant de les remettre aux agents contre décharge.

Selon la SHT, la réalité aurait été différente : la Contrôleure Générale Adjointe de l’AILC aurait pris possession du poste informatique de la responsable, ouvert elle-même les fichiers concernés et procédé à l’impression des documents.

Deux récits désormais difficilement conciliables, qui placent le déroulement exact de la journée du 7 août au cœur de la controverse.

Malgré le ton ferme de son communiqué, la Société des Hydrocarbures du Tchad assure ne pas vouloir entrer dans une logique de confrontation avec l’AILC.

Elle réaffirme son attachement à la lutte contre la corruption, qu’elle considère comme un levier essentiel de transparence, de bonne gouvernance et de consolidation de l’État de droit.

Mais pour la SHT, la légitimité de cet objectif repose également sur la régularité des moyens employés pour l’atteindre. Les contrôles doivent, selon elle, s’effectuer dans le respect des textes, des procédures et des droits des institutions comme des individus.

Cette controverse dépasse désormais le simple différend autour de la transmission de documents. Elle met en lumière une question plus large : comment concilier l’efficacité des mécanismes de lutte contre la corruption avec le respect des garanties juridiques dans les opérations de contrôle ?

En exposant publiquement sa version des faits, la SHT cherche à rétablir son image et à répondre aux accusations dont elle fait l’objet. L’AILC, de son côté, défend la légitimité de son intervention et de ses investigations.

À ce stade, les deux institutions présentent donc des lectures opposées d’un même épisode. La clarification des faits, des procédures suivies et des bases juridiques des mesures prises apparaît désormais comme un enjeu majeur pour éviter que cette affaire ne se transforme en crise institutionnelle.

Au-delà du cas de la SHT, l’épisode pourrait ainsi nourrir un débat plus vaste sur les mécanismes de contrôle au Tchad, leurs limites et les garanties indispensables à leur crédibilité. Car dans la lutte contre la corruption, l’efficacité des investigations ne se mesure pas seulement à leur capacité à rechercher des irrégularités : elle se mesure aussi à la rigueur juridique avec laquelle elles sont conduites.

MBAÏLEDE Trésor

Quitter la version mobile