En ce jour marquant l’investiture du président Alassane Ouattara pour un nouveau mandat, l’ancien président Laurent Gbagbo a choisi de s’adresser aux Ivoiriens à travers un message solennel, revenant sur les douloureux événements qui ont secoué la Côte d’Ivoire entre 2000 et 2011. Dans ce courrier, publié ce lundi, il retrace les moments clés de la crise politico-militaire, son arrestation, son procès à la Cour pénale internationale (CPI) et son acquittement définitif, tout en appelant à « la recherche de toute la vérité » pour instaurer une paix durable.
Gbagbo rappelle qu’après son élection en octobre 2000, le pays a été frappé par une série d’attaques armées, notamment celle du 18 au 19 septembre 2002, qu’il attribue à des forces venues du Burkina Faso. Ce soulèvement a entraîné une division du territoire national, le Sud restant sous contrôle gouvernemental et le Nord sous l’autorité de la rébellion.
Face à l’impasse diplomatique, l’ancien chef de l’État souligne avoir pris deux décisions majeures : autoriser la candidature d’Alassane Ouattara à la présidentielle et entamer un dialogue direct avec Guillaume Soro, alors chef de la rébellion. Ces échanges ont abouti à l’Accord de Ouagadougou de mars 2007, accompagné du lancement symbolique de la « Flamme de la Paix » à Bouaké.
Abordant l’élection présidentielle de 2010, Gbagbo dénonce une organisation qu’il juge imparfaite, sous la pression de la communauté internationale et malgré un désarmement incomplet. Il affirme avoir été proclamé vainqueur par le Conseil constitutionnel, avant que son adversaire et certains acteurs internationaux ne contestent ce résultat. Son arrestation, le 11 avril 2011, son transfert à Korhogo puis à la CPI, où il a été acquitté en 2019 avec confirmation définitive en 2021, sont également rappelés comme des étapes marquantes de cette période.
Pour Laurent Gbagbo, de nombreuses zones d’ombre persistent : les origines du soulèvement armé, les responsabilités dans les massacres et le rôle de la communauté internationale dans le déroulement du scrutin. Il indique avoir demandé à son avocat, Me Emmanuel Altit, de saisir à nouveau la CPI afin que l’ensemble des responsabilités soit examiné.
« La vérité est une condition de la paix », insiste-t-il, soulignant que la justice est un préalable indispensable à la réconciliation. Selon lui, élucider les faits, identifier les responsables et rendre justice aux victimes est essentiel : « tant qu’un fait n’est pas jugé totalement, il devient une injustice ».
À travers ce message, l’ancien président invite tous les acteurs de la crise à contribuer à l’établissement complet de la vérité, qu’il considère comme un impératif pour tourner la page de deux décennies de tensions et consolider durablement la paix en Côte d’Ivoire.
MBAÏLEDE Trésor
