Après cent dix ans d’exil, le tambour parleur Djidji Ayokwé a fait son retour ce vendredi à Abidjan, dans une scène chargée d’émotion et de symboles. Arraché en 1916 par l’administration coloniale française et longtemps exposé au Musée du quai Branly, l’objet sacré des peuples bidjans retrouve enfin sa terre d’origine.
Arrivé à l’aube par un vol spécial affrété par le gouvernement de Côte d’Ivoire, le tambour ; un bloc de 4 mètres pesant 430 kg est resté enfermé dans sa caisse blindée, le temps d’une période d’acclimatation. Mais cela n’a en rien atténué l’émotion. Dans la cour du pavillon présidentiel, les communautés bidjans, accompagnées d’officiels ivoiriens et du représentant de l’UNESCO, ont accueilli l’objet par des chants, des prières et une danse guerrière exécutée par les chefferies traditionnelles.
Longtemps outil de communication rituelle, le Djidji Ayokwé servait autrefois à transmettre messages sacrés, alertes communautaires et appels à la mobilisation. Sa confiscation en 1916 avait laissé une profonde blessure mémorielle.
Sa restitution, officiellement actée à Paris le 20 février après un vote spécifique du Sénat, s’inscrit dans la dynamique lancée en 2017 par France pour rendre à plusieurs pays africains des œuvres spoliées pendant la colonisation. Elle fait écho au retour des trésors d’Abomey au Bénin ou du sabre emblématique du Sénégal.
Le tambour sera prochainement transféré vers un lieu sécurisé avant d’être présenté au public, puis exposé au Musée des civilisations de Côte d’Ivoire, récemment rénové pour l’occasion.
Premier sur une liste de 148 œuvres réclamées par la Côte d’Ivoire à la France et à d’autres pays, le retour du Djidji Ayokwé marque une étape majeure dans la reconnaissance des patrimoines africains et dans la réparation symbolique d’une mémoire longtemps confisquée.
La Rédaction
