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Décentralisation au Tchad : l’ENA relance le débat sur le rôle stratégique des conseils provinciaux

L’École Nationale d’Administration (ENA) a organisé vendredi un nouveau numéro de ses « Grands Rendez-vous », consacré à un thème central pour l’avenir institutionnel du pays : la décentralisation et la place stratégique des conseils provinciaux dans l’architecture du développement territorial. À cette occasion, le sénateur et ancien Premier ministre Pahimi Padacké Albert a livré une analyse approfondie, en présence du Directeur général de l’institution, Mahamat Borgou Hassan, de responsables administratifs et d’un large public.

Dans son exposé, le conférencier a rappelé que la décentralisation, consacrée dans la Constitution tchadienne du 29 décembre 2023, constitue une avancée majeure en affirmant l’autonomie administrative et financière des collectivités territoriales. Les provinces sont ainsi appelées à devenir des centres décisionnels capables de porter des politiques de développement adaptées aux réalités locales.

Toutefois, cette ambition peine encore à se traduire dans les faits. L’orateur a mis en lumière un constat récurrent : bien que l’arsenal juridique soit désormais solide, sa mise en œuvre reste inégale et souvent hésitante. Ce décalage entre engagement institutionnel et pratiques administratives freine la transformation des collectivités en véritables acteurs locaux.

Pour l’ancien Premier ministre, plusieurs défis continuent de limiter l’efficacité des conseils provinciaux. Il note la persistance d’une centralisation de fait, qui entrave l’autonomie promise aux territoires. Le manque de ressources financières et humaines apparaît également comme un frein majeur, tout comme l’insuffisance des transferts de compétences de l’administration centrale.

Au-delà de ces facteurs institutionnels, il pointe un problème plus profond : l’absence d’une volonté politique suffisamment affirmée pour impulser la décentralisation. Selon lui, sans un engagement ferme de l’État, les collectivités risquent de demeurer de simples prolongements de l’administration centrale, sans capacité réelle d’action ou d’initiative.

Malgré ce bilan mitigé, le conférencier a proposé plusieurs orientations pour revitaliser la décentralisation et en faire un véritable levier de développement territorial. Il a insisté sur la nécessité de renforcer la légitimité et la formation des élus locaux afin de garantir un pilotage efficace et compétent. Il a également plaidé pour une participation citoyenne accrue, indispensable à la consolidation de la gouvernance de proximité.

La réussite de la réforme passe aussi par une redistribution effective des ressources et des compétences, ainsi que par la professionnalisation de l’administration territoriale. Enfin, il a appelé à l’instauration d’une culture de transparence et de redevabilité, conditions essentielles pour bâtir une gouvernance locale crédible et performante.

Les échanges qui ont suivi l’intervention ont confirmé l’intérêt grandissant que suscite la question de la gouvernance territoriale au Tchad. Participants et intervenants ont souligné la nécessité d’accélérer les réformes afin de donner aux conseils provinciaux le rôle stratégique qui leur est promis.

En clôturant la rencontre, les organisateurs ont réaffirmé leur volonté de poursuivre ce cycle de débats et de rencontres, convaincus que la réflexion collective demeure un outil incontournable pour accompagner les mutations institutionnelles en cours.

La Rédaction

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