À l’occasion de son adresse traditionnelle du 31 décembre, le Président de la République, Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, a dressé un bilan optimiste de l’année 2025 tout en traçant les priorités nationales pour 2026. Derrière un discours volontariste, se dessine une stratégie visant à consolider les institutions issues de la transition, moderniser les secteurs clés de l’économie et répondre aux attentes sociales d’une population jeune et en quête de perspectives. Retour analytique sur les messages forts de cette allocution.
Des institutions stabilisées, socle revendiqué de la nouvelle ère politique
Le chef de l’État a d’abord salué une année « fructueuse », marquée par la finalisation du dispositif institutionnel prévu par le processus politique post-transition. Avec un parlement bicaméral désormais fonctionnel et des conseils provinciaux engagés dans la gouvernance locale, le pouvoir met en avant une normalisation politique longtemps attendue.
Cette consolidation institutionnelle, présentée comme un tournant, vise à rassurer les partenaires internationaux et à légitimer le cadre démocratique refondé. Elle marque également la volonté du Président de s’installer durablement dans un fonctionnement institutionnel stabilisé après plusieurs années d’incertitudes.
Agriculture et élevage : un changement de paradigme affiché
Le Président a réaffirmé le caractère stratégique de l’agriculture et de l’élevage, décrits comme les « deux mamelles de l’économie ». À travers un discours résolument modernisateur, il appelle à une transformation profonde du secteur, fondée sur l’industrialisation, la transformation locale, et un investissement accru dans les technologies agro-pastorales.
L’enjeu est majeur : 80 % de la population active dépend du secteur rural. L’annonce d’une meilleure synergie entre l’État, le privé et les coopératives s’inscrit dans une volonté de rompre avec un modèle de production trop peu valorisé.
Santé : des réformes structurelles pour un secteur fragilisé
Dans un contexte marqué par la persistance des pénuries et les difficultés de prise en charge, le Président a fait du renforcement du système de santé une priorité. La nouveauté réside dans l’annonce du recrutement local du personnel soignant, une mesure censée rapprocher les ressources humaines des besoins réels du terrain.
Cette démarche décentralisée se veut une réponse à l’inadéquation chronique entre les affectations et les besoins, mais elle soulève aussi des questions sur les capacités des collectivités locales à gérer un tel processus.
Éducation : un “traitement de choc” pour enrayer la crise
Face à la dégradation du niveau scolaire, le gouvernement prévoit une réforme d’envergure articulée autour de trois axes : performance des enseignants, adaptation des programmes et recrutement local. Le Président se félicite de la création de nouvelles universités, tout en reconnaissant que le déficit en équipements, en recherche et en numérique demeure préoccupant.
Cette réforme, qualifiée de « profonde », sera un test majeur pour un système éducatif souvent au cœur des tensions sociales.
Jeunesse et sports : un levier politique et social assumé
Mahamat Idriss Déby Itno a réaffirmé la centralité de la jeunesse dans son projet politique. L’accent est mis sur les infrastructures sportives notamment le nouveau Stade olympique, réhabilitation du stade Idriss Mahamat Ouya, ainsi que sur le Prix d’Excellence pour la Jeunesse.
Au-delà du discours, ces initiatives traduisent la volonté du pouvoir de renforcer son lien avec une population jeune, souvent confrontée au chômage et aux frustrations socio-économiques.
Femmes, handicap et vulnérabilité : l’inclusion comme engagement politique
Le Président a souligné plusieurs réformes visant à améliorer la condition des femmes, des personnes vivant avec un handicap et des enfants vulnérables. Cette rhétorique de protection sociale s’inscrit dans un effort d’élargir le champ des politiques publiques à des segments sociaux longtemps marginalisés.
Une diplomatie culturelle affirmée
La mise à l’honneur du Guruna, tradition Massa désormais inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, a été présentée comme une victoire culturelle et identitaire. Le chef de l’État exhorte à poursuivre les démarches pour d’autres éléments du patrimoine tchadien, tout en plaidant pour le retour des biens culturels conservés à l’étranger.
Le message est clair : affirmer la culture comme vecteur de souveraineté.
Corruption : une année 2026 annoncée comme “décisive”
L’une des séquences les plus fortes du discours concerne la lutte contre la corruption. Le Président promet « zéro tolérance », mise sur l’impartialité de l’Autorité Indépendante de Lutte contre la Corruption et appelle à plus de transparence dans les marchés publics.
Cette annonce, récurrente dans les discours officiels, sera un terrain d’observation crucial, tant les défis restent persistants.
Justice : une indépendance renforcée ?
Le retrait du Président du Conseil supérieur de la magistrature est présenté comme un gage d’indépendance de la justice. Mais l’autocritique est sévère : lenteurs, décisions en faveur des « mieux offrants », perte de crédibilité.
Le message vise autant à rassurer qu’à mettre la pression sur l’appareil judiciaire.
Économie : “Tchad Connexion 2030”, un pari sur l’investissement
Le chef de l’État s’est félicité des 20 milliards de dollars mobilisés lors de la table ronde d’Abu Dhabi pour le financement du Plan national de développement. Il appelle le secteur privé tchadien à s’approprier ce programme axé sur la souveraineté économique, énergétique et sanitaire.
Cette vision ambitieuse, si elle se concrétise, pourrait engager le pays sur une trajectoire de transformation profonde.
Crise au Soudan : solidarité et inquiétude
Le Président a rappelé l’impact majeur de l’afflux de réfugiés soudanais plus d’un million sur les provinces tchadiennes. Il appelle à un dialogue entre les parties et à une action concertée pour la paix. Le message réaffirme le rôle du Tchad comme acteur humanitaire et diplomatique dans la région.
Dialogue politique : une main toujours tendue
Mahamat Idriss Déby Itno a réitéré son appel à un dialogue inclusif, signe de sa volonté affichée d’apaisement dans un contexte politique où les tensions et les attentes restent fortes. La réconciliation nationale demeure, selon lui, un socle incontournable.
Un message final d’unité et de projection vers l’avenir
Le discours s’est conclu par un appel à la cohésion, à l’unité et à la foi en l’avenir du Tchad. Le Président formule des vœux de paix et de prospérité pour 2026, cherchant à renforcer un sentiment d’appartenance nationale à un moment charnière du pays.
MBAÏLEDE Trésor
