À Djibouti, le scénario ne surprend plus, mais il interroge toujours. Le président Ismaïl Omar Guelleh, au pouvoir depuis 1999, a été réélu pour un sixième mandat avec un score écrasant de 97,81 % des voix, selon les résultats officiels publiés samedi. Dans ce petit État stratégique de la Corne de l’Afrique, où les équilibres géopolitiques croisent les enjeux démocratiques, la victoire d’IOG s’inscrit dans une continuité sans rupture.
Dès les premières heures du scrutin, l’issue ne faisait guère de doute. Face au chef de l’État sortant, l’opposition apparaissait quasi inexistante. Son unique adversaire, Mohamed Farah Samatar, à la tête du Centre démocrate unifié (CDU), n’a recueilli que 2,19 % des suffrages. Peu connu du grand public et sans représentation parlementaire, il n’a jamais semblé en mesure d’inquiéter un président solidement installé au sommet de l’appareil d’État.
Peu après minuit, avant même la publication complète des résultats, Ismaïl Omar Guelleh revendiquait déjà sa victoire sur le réseau social X, affichant un portrait barré du mot « RÉÉLU ». Un geste révélateur d’une élection jouée d’avance, où la communication précède parfois la confirmation officielle.
À 78 ans, IOG entame un nouveau mandat qui prolonge plus d’un quart de siècle de pouvoir. Sous sa présidence, Djibouti s’est imposé comme un carrefour militaire et commercial majeur, accueillant plusieurs bases étrangères et profitant de sa position stratégique à l’entrée de la mer Rouge.
Mais cette stabilité politique affichée s’accompagne de critiques récurrentes. Organisations de défense des droits humains et observateurs internationaux dénoncent régulièrement un espace politique verrouillé, où l’opposition peine à exister et où les scrutins sont marqués par des scores soviétiques.
Le pouvoir met en avant la continuité, la sécurité et le développement économique. Ses détracteurs pointent une démocratie d’apparence, où les élections peinent à refléter un véritable pluralisme.
Avec ce sixième mandat, Ismaïl Omar Guelleh renforce encore son emprise sur le pays. Reste une question, lancinante : jusqu’à quand cette stabilité politique, fondée sur une domination sans partage, pourra-t-elle coexister avec les aspirations démocratiques d’une population jeune et en mutation ?
La Rédaction
