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Eau, inondations, assainissement : la France renforce son soutien au Tchad

De N’Djaména aux villes de province, la coopération franco-tchadienne investit dans un secteur devenu stratégique : l’eau. Face à la multiplication des inondations, au déficit d’assainissement et aux effets du changement climatique, la France mobilise plus de 68 millions d’euros à travers plusieurs projets destinés à renforcer les infrastructures, les capacités institutionnelles et la résilience des communautés.

L’eau s’impose désormais comme l’un des grands défis du développement au Tchad. À N’Djaména comme dans plusieurs villes de l’intérieur du pays, l’accès à l’eau potable, l’évacuation des eaux pluviales et la prévention des inondations sont au cœur des préoccupations des populations et des pouvoirs publics.

Dans ce contexte, la France entend inscrire son accompagnement dans la durée. Quelques jours après le Forum économique France-Tchad du 25 septembre, placé sous le signe de l’investissement, de l’emploi et de la confiance, l’Ambassade de France au Tchad met en avant plusieurs projets consacrés à l’eau, à l’assainissement et à la prévention des risques climatiques.

À travers l’Agence française de développement (AFD) et ses partenaires, plus de 68 millions d’euros de subventions sont mobilisés pour soutenir cinq projets structurants. Une enveloppe destinée à répondre à des besoins qui dépassent largement la seule question des infrastructures.

Les inondations de ces dernières années ont en effet rappelé l’ampleur de la vulnérabilité du pays. À N’Djaména, les crues de 2022 ont touché près de 180 000 personnes. Deux ans plus tard, les inondations de 2024 ont provoqué plus de 500 décès et affecté plus de 10 % de la population tchadienne, selon les données communiquées par l’Ambassade de France.

Dans un pays particulièrement exposé aux effets du changement climatique, la hausse de l’intensité des pluies, les épisodes de sécheresse, les fortes chaleurs et l’urbanisation rapide accentuent la pression sur les villes et leurs infrastructures.

Parmi les principaux chantiers figure le projet d’alimentation en eau potable de N’Djaména. Doté de 30 millions d’euros de financement AFD-Union européenne, avec également une contribution des Pays-Bas et du Tchad, le programme prévoit notamment d’accroître les capacités de production d’eau potable, de réhabiliter et d’étendre le réseau de distribution et de développer les branchements particuliers.

L’objectif est clair : améliorer de manière durable l’accès à l’eau et la qualité du service dans la capitale.

Autre chantier majeur : l’aménagement du Canal des Jardiniers. Avec un financement de 15 millions d’euros, le projet concerne un canal d’environ deux kilomètres traversant plusieurs quartiers centraux de N’Djaména et desservant près de 140 000 habitants.

Au-delà de la réhabilitation du canal et des caniveaux, le programme prévoit une prise en charge des déchets solides ainsi que la requalification des espaces libérés. Des équipements marchands, des espaces sportifs et des lieux récréatifs doivent ainsi prendre place sur certaines emprises. Une manière d’associer assainissement, amélioration du cadre de vie et création d’activités économiques locales.

La réponse française ne se limite pas à la capitale. À Moundou, le Projet de lutte contre les inondations, dans sa deuxième phase, bénéficie d’un financement de 12 millions d’euros.

Le programme prévoit notamment la réalisation de canaux de drainage des eaux pluviales et de digues destinées à protéger les quartiers riverains du Lac Wey, en connexion avec le Logone. Quelque 20 000 habitants sont directement concernés, tandis que l’ensemble de la ville, qui compte près de 100 000 habitants, devrait bénéficier des effets du projet.

Mais l’enjeu ne se résume pas à construire. La coopération entend également renforcer les capacités de ceux qui devront exploiter et entretenir ces infrastructures. À N’Djaména, la Société tchadienne des eaux bénéficie ainsi d’un accompagnement technique et d’un fonds d’équipement. À Moundou, un appui est apporté à la mairie pour la gestion des déchets et l’entretien des réseaux d’assainissement, tandis que les services hydrauliques du Logone occidental sont soutenus dans le suivi du niveau des eaux du fleuve.

L’un des enseignements des dernières crises est également la nécessité d’anticiper. C’est tout l’objectif du Projet d’appui à la crise des inondations de N’Djaména, doté de 1,5 million d’euros et déployé depuis 2024.

Le programme vise à transformer l’expérience acquise lors des inondations de 2022 en un dispositif permanent de prévention et de gestion des risques.

La démarche prévoit notamment la création d’un service dédié à la gestion du risque d’inondation au sein de la protection civile de la mairie, des interventions sur trois exutoires stratégiques du réseau de drainage, l’élaboration d’un plan de contingence dans le 9e arrondissement ainsi que la formation et l’équipement d’associations et d’équipes d’intervention communautaires.

La mise en place d’un corps de bénévoles de la mairie doit également contribuer à rapprocher la prévention des populations.

L’approche se veut enfin territoriale. Avec le Projet d’appui à la gouvernance par l’approche territoriale intégrée (GATI), doté de 10 millions d’euros sur quatre ans, plusieurs communes notamment Bol, Baga Sola, Massaguet, Massakory, Bongor et Guelengdeng sont accompagnées dans le renforcement de leur gouvernance locale.

Mis en œuvre par Expertise France en collaboration avec le ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, le projet associe gestion des risques, renforcement des capacités communales, décentralisation et soutien aux organisations locales.

À travers cette série de programmes, la coopération franco-tchadienne affiche une même ligne directrice : ne pas dissocier les infrastructures de la capacité des institutions et des communautés à les gérer.

Construire des réseaux d’eau, réhabiliter les canaux, renforcer les digues ou améliorer le drainage constitue une première étape. Leur efficacité dans le temps dépendra aussi de leur entretien, de la capacité des collectivités à anticiper les crises et de la mobilisation des populations.

Le Forum économique France-Tchad du 25 septembre vient ainsi donner une dimension plus large à cette coopération. Derrière les annonces d’investissement, l’enjeu est désormais de transformer les financements en réalisations visibles et durables, au plus près des besoins des populations.

De la capitale aux provinces, l’eau apparaît ainsi comme un terrain majeur de la coopération entre les deux pays, à la croisée de la santé publique, de l’emploi, de l’aménagement urbain, de la prévention des catastrophes et de la résilience climatique.

MBAÏLEDE Trésor

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