Donner une existence juridique à chaque enfant pour mieux garantir ses droits. C’est l’un des enjeux au cœur des échanges entre la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) et une délégation de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), reçue le 22 septembre 2026 à N’Djamena.
À quelques jours du lancement annoncé d’un projet de modernisation et de digitalisation de l’état civil dans la capitale, la rencontre a placé la question de l’enregistrement des naissances au centre des discussions. Au-delà de la délivrance d’un document administratif, les interlocuteurs ont insisté sur la portée juridique et sociale de l’identité.
Pour la CNDH, l’enregistrement des naissances constitue un maillon essentiel dans la protection des droits de l’enfant. Sans acte de naissance, l’accès à plusieurs droits et services peut devenir plus difficile, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la protection juridique.
Le président de la CNDH, Belngar Larmé Jacques, a présenté à ses hôtes le mandat de l’institution ainsi que ses différents mécanismes de suivi et de promotion des droits humains. Le monitoring assuré à travers les représentations provinciales, les rapports thématiques et les avis adressés aux autorités figurent notamment parmi les dispositifs évoqués.
Les discussions ont également permis de replacer la problématique de l’état civil dans un contexte national marqué par plusieurs défis, notamment les tensions intercommunautaires, les enjeux sécuritaires et la présence de populations réfugiées.
La rencontre a également été l’occasion de revenir sur les initiatives engagées autour de l’identification des enfants. Parmi elles, le projet pilote baptisé « Enfant reconnu – Enfant protégé », développé avec l’Agence nationale des titres sécurisés (ANATS), occupe une place particulière.
L’ambition est de s’attaquer aux obstacles qui limitent l’enregistrement des naissances en combinant plusieurs approches : amélioration du cadre juridique, renforcement des institutions, extension des dispositifs sur le territoire et sensibilisation des communautés.
Pour les partenaires engagés dans cette démarche, la reconnaissance officielle de l’enfant constitue un point de départ pour renforcer sa protection et faciliter son accès aux droits.
Conduite par Hans De Marie Heungoup, analyste politique principal, et Stéphanie Dongmo, experte en appui à l’état civil, la délégation de l’OIF a également échangé avec les responsables de la CNDH sur les perspectives de coopération.
Les discussions ont notamment porté sur le rôle que peuvent jouer les institutions nationales des droits de l’Homme dans la promotion de l’identité juridique. La participation récente de représentants tchadiens à une rencontre régionale organisée à Yaoundé sur cette question a également été évoquée.
Cette dynamique pourrait contribuer à renforcer le plaidoyer en faveur de l’enregistrement systématique des naissances et à inscrire davantage la question de l’identité juridique dans les mécanismes nationaux de suivi des droits humains.
À travers cette rencontre, la CNDH et l’OIF entendent ainsi rapprocher deux problématiques souvent traitées séparément : l’état civil et les droits humains.
La modernisation des systèmes d’enregistrement ne se résume donc pas à une transformation technologique. Elle pose aussi la question de l’accès équitable de la population à une identité reconnue par l’État.
Pour l’enfant, cette reconnaissance peut constituer le premier rempart contre l’invisibilité juridique. Pour les institutions, elle représente un outil essentiel de planification, de protection et de garantie des droits.
La coopération entre la CNDH, l’OIF et les structures nationales compétentes pourrait ainsi ouvrir une nouvelle étape dans la bataille contre le déficit d’enregistrement des naissances au Tchad.
MBAÏLEDE Trésor
