Actualités Actualités politiques Afrique Politique

France–Afrique : à Nairobi, Macron officialise la coopération économique post-“pré carré”

Le sommet Africa Forward s’est ouvert dans une atmosphère de franche rupture à Nairobi, où la jeunesse innovante du continent a donné le ton. Face à une assemblée d’entrepreneurs, d’étudiants et de créateurs, Emmanuel Macron a martelé que les relations entre la France et l’Afrique doivent désormais se hisser sur les piliers de l’équité, de la souveraineté et du partenariat économique. Loin, très loin, des logiques de tutelle héritées du passé.

Au lieu des discours institutionnels en ouverture, Africa Forward a choisi de plonger d’emblée dans le vivier entrepreneurial africain. La journée “Inspire and Connect” a mis en avant des parcours de jeunes créateurs, les enjeux de l’industrialisation et les initiatives audacieuses de la diaspora. Dans la bibliothèque mémoriale Jomo Kenyatta de l’University of Nairobi, une conviction s’imposait : la relation entre l’Afrique et la France entre dans une phase de maturité. L’objectif, affirment les organisateurs, est de construire des partenariats réellement symétriques, débarrassés de toute posture paternaliste.

Dans son discours, le président français n’a pas évité le sujet du passé. Il a dénoncé sans détour l’époque où les puissances européennes prétendaient définir l’avenir du continent. « Ce temps où l’on venait dire à l’Afrique ce qui était bon pour elle est révolu », a-t-il lancé, réaffirmant la ligne déjà esquissée en 2017 : sortir de toute idée de “pré carré” et ouvrir la coopération au-delà du périmètre strictement francophone.

La visite au Kenya en offre l’illustration la plus concrète. En dix ans, la présence d’entreprises françaises y a quadruplé, signe d’une stratégie davantage tournée vers l’investissement, l’innovation et les infrastructures que vers la projection militaire. Plus d’un milliard d’euros d’accords ont été signés dimanche entre Paris et Nairobi, dont 700 millions apportés par l’armateur CMA CGM, symbole du pivot économique revendiqué par la France.

Macron a assumé cette nouvelle orientation, rappelant même son propre parcours : un stage au Nigeria en 2002, déjà révélateur d’une volonté de s’ouvrir à une Afrique plurielle, au-delà des habituelles frontières linguistiques.

Le choix du Kenya pour accueillir le sommet n’a rien d’anodin. Opter pour un pays anglophone et un intitulé neutre loin des mots trop chargés telles “France-Afrique” marque une volonté de recomposer les bases d’une relation assainie. L’objectif est clair : restaurer la confiance, élargir la palette des partenariats et accompagner l’ascension économique d’un continent jeune, ambitieux et déjà en mouvement. Le tout intervient dans un contexte délicat, où les relations franco-africaines ont été ébranlées dans plusieurs capitales.

À Nairobi souffle un vent de réalisme. Paris reconnaît avoir perdu de l’influence politique dans certains territoires, mais mise désormais sur une approche fondée sur la transparence, l’investissement et une coopération directe avec le secteur privé. De leur côté, les États africains revendiquent des relations sobres, réciproques et débarrassées de toute condescendance.

Africa Forward se veut ainsi le laboratoire d’un modèle renouvelé : plus horizontal, plus ancré dans l’économie réelle, plus attentif aux aspirations de la jeunesse africaine. Une tentative, peut-être, d’enfin tourner la page des schémas d’hier pour écrire un partenariat véritablement contemporain, lucide et équilibré.

La Rédaction

Quitter la version mobile