Guinée-Bissau : la junte interdit conférences de presse et déclarations publiques non autorisées
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Guinée-Bissau : la junte interdit conférences de presse et déclarations publiques non autorisées

Six semaines après le coup d’État du 26 novembre 2025, les militaires au pouvoir en Guinée-Bissau ont annoncé, vendredi 9 janvier, une interdiction stricte de toute prise de parole publique non validée par les autorités de transition. Une décision présentée comme un moyen de préserver la stabilité, mais dénoncée comme un nouveau signe de dérive autoritaire.

La junte, regroupée au sein du haut commandement militaire, affirme dans un communiqué que « certains responsables politiques et groupes ethniques ont organisé des réunions secrètes pour inciter à la violence et à la désobéissance », y compris contre la charte de transition, publiée début décembre pour encadrer juridiquement la période de régime militaire.

Selon le texte, désormais « toute conférence de presse ou déclaration susceptible de compromettre la paix et la cohésion sociale est expressément interdite ». Les autorités avertissent également que « toute personne ou entité qui conteste l’ordre public décrété sera sévèrement réprimandée, conformément à la loi ».

Le 26 novembre 2025, au lendemain de l’élection présidentielle, les militaires ont renversé le président sortant Umaro Sissoco Embaló, invoquant initialement l’existence d’un complot impliquant des barons de la drogue cherchant à semer le chaos. Début décembre, la junte évoquait une situation politique « grave » et le risque de « guerre civile à caractère ethnique ».

Mais cette version est contestée. Dans les milieux politiques et parmi plusieurs observateurs, l’hypothèse d’une manipulation orchestrée par M. Embaló lui-même a rapidement émergé. L’opposition accuse l’ancien président d’avoir instrumentalisé l’armée pour interrompre le processus électoral alors qu’il était donné perdant.

L’adversaire du président sortant à la présidentielle du 23 novembre, Fernando Dias, avait affirmé dès le 27 novembre avoir remporté l’élection, accusant M. Embaló « d’avoir organisé le putsch » destiné à empêcher l’annonce des résultats prévue pour le lendemain.

Depuis son indépendance en 1974, la Guinée-Bissau n’a cessé d’être secouée par des crises politiques, des luttes de pouvoir et plusieurs coups d’État. Le premier putsch éclate en 1980, sur fond de rivalités internes au Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), provoquant des purges violentes et la rupture entre les deux nations.

La succession de crises a façonné un système politique fragile, où l’armée exerce une influence déterminante. La récente interdiction des conférences de presse s’inscrit dans cette longue tradition de tensions entre pouvoir militaire, acteurs politiques et société civile.

La charte de transition adoptée début décembre doit servir de cadre au régime militaire en place. Toutefois, la restriction sévère de l’espace public et des libertés politiques laisse planer des doutes sur l’intention réelle des nouvelles autorités de conduire le pays vers un retour à l’ordre constitutionnel.

Pour l’heure, aucune feuille de route précise n’a été présentée concernant la tenue d’élections ou la durée de la transition. Les mesures annoncées le 9 janvier renforcent l’inquiétude de nombreux analystes qui redoutent un durcissement durable du régime.

La Rédaction

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