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Les Sao du Tchad version football : malédiction ou manque de sérieux ?

C’est avec un profond désarroi que de nombreux supporters tchadiens, ont vécu la dernière débâcle des Sao du Tchad. Une double confrontation perdue 8–0 face au Burundi : jamais notre football n’avait connu une telle humiliation. Faut-il y voir une malédiction sportive, ou simplement les symptômes d’un système malade, rongé par l’amateurisme, la politique et le manque de vision ? La question mérite une analyse froide, loin des émotions même si, avouons-le, elles sont difficiles à étouffer lorsque l’on aime profondément son pays et son équipe nationale.

Un rêve de CAN avant la “quarantaine” d’espérance de vie ?

Lorsque l’on sait que l’espérance de vie au Tchad tourne autour de la quarantaine, une interrogation douloureuse surgit : verrons-nous un jour les Sao disputer la Coupe d’Afrique des Nations avant de tirer notre révérence ? Cette question, brutale mais légitime, révèle l’immense fossé entre les ambitions du peuple et la réalité du football national.

Un football qui ne se construit pas en un mois : l’exemple du Sénégal

Le football de haut niveau est un travail de longue haleine. Le cas du Sénégal en est un exemple remarquable. Après la génération portée par El Hadji Diouf, l’État, la fédération, les clubs, la diaspora et les supporters ont travaillé ensemble pour construire une nouvelle ère, celle d’icônes comme Sadio Mané. Leur force repose sur une planification à long terme, une chaîne de responsabilités cohérente et des acteurs placés à leur juste place. Rien de magique : seulement de la méthode, de la stabilité et de la volonté.

Ce qui manque cruellement au football tchadien

La formation locale demeure l’un des plus grands chantiers. Aucun pays ne progresse sans centres de formation solides. Chez nous, la base est fragile, sous-financée et trop dépendante de projets individuels, loin des standards prônés par la CAF. À cela s’ajoute une intégration mal maîtrisée de la diaspora, qui devrait pourtant représenter une richesse. Disposer de joueurs évoluant à l’étranger est un avantage, mais encore faut-il les inclure dans un projet cohérent, avec un suivi administratif et sportif irréprochable.

La stabilité technique fait également défaut. Un sélectionneur ne peut rien construire si tout change d’une saison à l’autre. Le football n’est pas une loterie : il demande continuité, discipline et objectifs fixes. À ce manque de structure s’ajoute une implication de l’État souvent mal orientée. Le football tchadien n’a pas besoin d’interventions politiques mais d’infrastructures, d’un budget stable et d’une vision sur dix ans. Enfin, le “football-politique” constitue un poison mortel : tant que la fédération sera un instrument de pouvoir, les véritables acteurs notamment les techniciens, éducateurs, arbitres et dirigeants légitimes, resteront écartés.

La responsabilité du sélectionneur : une faute lourde

Sans accabler l’entraîneur, impossible de l’exonérer totalement. Convoquer des joueurs non qualifiés administrativement, comme Mani Bertrand Junior ou Ngouyamsa Nounchili Ahmad, est une faute professionnelle grave. Comment un sélectionneur peut-il ignorer les règles de la CAF ? Ce manquement a bouleversé les plans de l’équipe et ajouté un handicap majeur dans une double confrontation déjà périlleuse.

Les joueurs aussi doivent se regarder dans le miroir

Sur 28 joueurs convoqués, 20 évoluent à l’extérieur : ce sont des professionnels qui connaissent les exigences du haut niveau. Les excuses liées aux conditions logistiques ne tiennent pas lorsque l’on sait que les locaux ont commencé la préparation deux semaines plus tôt, que les primes ont été réglées et que l’organisation générale a été respectée. La vérité est plus simple : il y a eu manque d’envie, manque de hargne, manque de fierté sous le maillot national. Cette ardeur du combat semble s’être volatilisée chez la jeune génération. Sommes-nous encore prêts à mourir sur le terrain pour notre drapeau ?

Ce qu’il faut pour sortir du gouffre

Si les gouvernants souhaitent réellement voir un Tchad compétitif, la voie est claire. Il faut placer les véritables acteurs aux bonnes places, investir massivement dans la formation et les infrastructures, stabiliser le staff technique, professionnaliser la fédération et construire patiemment une génération dorée sur dix ans. Sans cela, le Tchad restera à la traîne, éternel dernier, enfermé dans un cycle d’échecs qui ne surprend plus personne.

Malédiction ou manque de sérieux ?

Il n’y a aucune malédiction. Seulement un système défaillant, un manque d’ambition, une organisation déstructurée et, parfois, un manque de courage. Le jour où le Tchad décidera enfin de prendre le football au sérieux, avec rigueur, compétence et vision, les Sao pourront espérer un avenir digne. En attendant, les défaites continueront de s’accumuler, mais l’espoir demeure vivant dans le cœur de ceux qui refusent d’abandonner.

MBAÏLEDE Trésor

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