Le ton se durcit encore entre les autorités maliennes et les médias internationaux. La Haute Autorité de la Communication (HAC) a annoncé la suspension immédiate des chaînes françaises TF1 et LCI, leur reprochant la diffusion d’« affirmations non vérifiées » et de « contrevérités » sur la situation sécuritaire au Mali. Une mesure choc, qui s’inscrit dans un climat déjà tendu pour la liberté de la presse dans le pays.
Dans une décision datée du 13 novembre, révélée le lendemain, la HAC s’attaque directement à des séquences diffusées le 9 novembre dans l’émission Grand Dossier sur LCI. Trois affirmations sont particulièrement visées :
- « La junte a interdit la vente de carburant », ce que les autorités considèrent comme une fausse information susceptible de semer la panique.
- Les régions de Kayes et de Nioro seraient « totalement sous blocus », une description jugée exagérée et infondée.
- Les terroristes seraient « sur le point de faire tomber Bamako », accusation interprétée par la HAC comme une forme d’apologie du terrorisme et une tentative de déstabilisation.
Dans son communiqué, l’autorité estime que ces déclarations violent le code de déontologie des journalistes au Mali et portent atteinte à la crédibilité des institutions nationales. TF1 est citée « par ricochet », considérée responsable des contenus relayés via LCI.
Cette suspension ne tombe pas dans un vide. Depuis la prise de pouvoir de la junte en 2020 puis son renforcement en 2022, les rapports avec les médias étrangers se tendent régulièrement.
En août 2024, LCI avait déjà été suspendue deux mois pour des « accusations infondées » visant l’armée malienne et ses partenaires russes. D’autres médias français notamment, la TV5Monde, France 24, RFI, ont aussi fait les frais de décisions similaires, s’inscrivant dans une stratégie de contrôle accru de l’information.
Les organisations internationales alertent depuis plusieurs années sur le rétrécissement de l’espace médiatique. La FIDH, entre autres, dénonce une instrumentalisation de « l’éthique patriotique » pour justifier les censures.
La HAC a ordonné aux distributeurs maliens de retirer sans délai les chaînes TF1 et LCI de leurs bouquets.
Cette coupure intervient alors que la population malienne, en quête d’informations dans un contexte sécuritaire complexe, voit son accès aux médias étrangers de plus en plus restreint.
La décision soulève de nombreuses interrogations : où s’arrête la protection de la souveraineté nationale, et où commence la censure ? Pour plusieurs observateurs, cette suspension s’inscrit dans une volonté de la junte de maîtriser le discours public, notamment concernant la lutte contre les groupes jihadistes et l’impact économique de la crise du carburant.
Du côté des journalistes, cette sanction rappelle les tensions croissantes autour du droit d’informer dans les pays en situation de crise.
La suspension de TF1 et LCI marque une nouvelle escalade entre Bamako et les médias internationaux. Au cœur de l’affaire : la bataille pour la véracité, la sécurité et la souveraineté narrative. Dans un pays confronté à une crise sécuritaire majeure, la restriction de l’accès à certaines sources d’information pose un dilemme : protéger le pays ou museler la critique ?
Quoi qu’il en soit, cette décision confirme une tendance lourde : au Mali, le terrain médiatique se resserre, et chaque reportage devient un enjeu politique.
La Rédaction
