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Mali : le ministre de la Défense Sadio Camara tué dans une attaque-suicide à Kati, le cœur du pouvoir frappé

Le Mali s’est réveillé sous le choc, saisi par une onde de stupeur après l’annonce de la mort du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, victime d’une attaque-suicide d’une rare violence. Selon des sources familiales et militaires concordantes, l’explosion d’un camion piégé a pulvérisé sa résidence dans la nuit du 25 avril, emportant également son épouse et deux de ses petits-enfants. Sur place, les secours n’ont trouvé qu’un paysage de ruines, un quartier éventré, des vies brisées en quelques secondes.

L’attaque n’a rien d’un acte isolé. Elle s’inscrit dans une offensive coordonnée d’ampleur nationale ayant visé simultanément plusieurs villes clés, de Bamako à Gao, de Kidal à Mopti, en passant par Sévaré. Une démonstration de force revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et le Front de libération de l’Azawad (FLA), branche armée de la rébellion touarègue. Le message est limpide, brutal, assumé : le pouvoir malien est désormais vulnérable jusque dans ses sanctuaires les plus protégés.

Car Kati n’est pas une cible anodine. Ville-garnison à quelques kilomètres de Bamako, elle incarne depuis des décennies l’épicentre des bouleversements politiques maliens. C’est là qu’ont été fomentés les coups d’État récents, là que réside le chef de la transition, le colonel Assimi Goïta, là encore que bat le cœur du pouvoir militaire. En frappant Kati, les assaillants ont visé bien plus qu’un homme : ils ont frappé un symbole, un centre nerveux, un bastion réputé imprenable.

Sadio Camara, 40 ans, n’était pas un ministre ordinaire. Officier formé dans les rangs de l’élite militaire, ancien directeur du Prytanée militaire de Kati, il était l’un des architectes du coup d’État de 2020 et l’un des visages les plus influents de la transition. Stratège reconnu, partisan d’une ligne sécuritaire intransigeante, il avait également été l’un des artisans du rapprochement avec Moscou, notamment à travers la présence controversée d’Africa Corps sur le sol malien. Sa trajectoire fulgurante en avait fait un pilier du régime, un homme-clé dont l’influence dépassait largement le cadre de la défense. Sa disparition brutale ouvre un vide vertigineux au sommet de l’État.

Au-delà du choc humain et politique, l’attaque marque peut-être un tournant décisif dans la crise malienne. Elle révèle une capacité nouvelle des groupes armés à coordonner des frappes simultanées sur des cibles hautement sensibles. Elle consacre aussi le retour en force de la rébellion touarègue dans un paysage sécuritaire déjà saturé par les groupes jihadistes. Et elle fragilise un pouvoir de transition qui perd l’un de ses principaux architectes au moment même où il cherchait à consolider son autorité.

Une chose est certaine. En une nuit, à Kati, c’est toute l’illusion d’un sanctuaire inviolable qui s’est effondrée. Et avec elle, une part de la certitude du pouvoir.

La Rédaction

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