Dans un communiqué lu à la télévision nationale, les autorités de transition maliennes ont annoncé, mercredi soir, la suspension « jusqu’à nouvel ordre » de toutes les activités des partis politiques et des associations à caractère politique sur l’ensemble du territoire national. Cette décision marque un nouveau tournant dans la gestion du pouvoir par les militaires, arrivés à la tête de l’État à la suite du double coup d’État de 2020 et 2021.
Selon le communiqué signé par le ministre de l’Administration territoriale, le colonel Abdoulaye Maïga, cette mesure est motivée par des « impératifs liés au maintien de l’ordre public et à la préservation de la cohésion sociale ». Le gouvernement de transition affirme avoir constaté que les activités politiques constituent désormais des facteurs de tensions susceptibles de compromettre les efforts de paix et de stabilité.
Cette suspension s’applique à toutes les manifestations, réunions, conférences de presse ou activités de mobilisation menées par les partis et mouvements politiques.
La mesure a suscité de vives réactions au sein de la classe politique malienne. Plusieurs partis d’opposition ont dénoncé une dérive autoritaire du pouvoir militaire. Dans une déclaration commune, un regroupement de partis a parlé d’un « recul démocratique grave et inacceptable » et a demandé à la communauté internationale d’ »intervenir pour éviter l’isolement complet du pays ».
Du côté de la société civile, plusieurs organisations ont exprimé leur inquiétude face à l’espace civique qui se rétrécit, rappelant que la liberté d’association et d’expression est garantie par la Constitution, même en période de transition.
Cette décision intervient alors que le calendrier de retour à l’ordre constitutionnel reste incertain. Initialement prévues pour février 2024, les élections ont été plusieurs fois reportées. Le régime en place, dirigé par le Général d’armée Assimi Goïta, fait face à une pression croissante, tant de la part des partenaires internationaux que de la population malienne, pour organiser des élections libres et transparentes.
En outre, cette suspension survient dans un contexte de tensions internes croissantes, notamment liées à la situation sécuritaire encore précaire dans le nord et le centre du pays, malgré la fin officielle de la présence de la MINUSMA et le redéploiement de l’armée malienne.
Il reste à savoir si cette suspension constitue une mesure temporaire ou une volonté durable de contrôler la vie politique malienne. Certains analystes y voient un prélude à une refondation autoritaire du régime, sous couvert de transition. D’autres y perçoivent une stratégie pour neutraliser les voix critiques et maintenir le statu quo militaire au pouvoir.
La communauté internationale, notamment la CEDEAO et l’Union africaine, n’a pas encore officiellement réagi à cette annonce, mais des sources diplomatiques indiquent que des consultations sont en cours.
LA REDACTION
Laisser un commentaire