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Médias : face au numérique et à l’IA, la HAMA mise sur le dialogue

Entre révolution numérique, montée en puissance des réseaux sociaux et arrivée fulgurante de l’intelligence artificielle, les professionnels de l’information doivent désormais composer avec un environnement qui transforme en profondeur leurs méthodes de travail. C’est dans ce contexte que la Haute Autorité des Médias et de l’Audiovisuel (HAMA) a réuni, mardi 29 septembre 2026 au CEFOD, les principaux acteurs du secteur pour une deuxième journée d’information, d’échanges et de dialogue.

L’enjeu dépasse la simple rencontre institutionnelle. Il s’agit de réfléchir à l’avenir d’un secteur confronté à des mutations rapides, tout en préservant les piliers du métier : rigueur, éthique, responsabilité, crédibilité et liberté professionnelle.

Dans son mot de bienvenue, le secrétaire général de la HAMA, Félicien Alladoum Radingaye, a replacé cette deuxième édition dans la continuité du processus de concertation engagé en juillet 2025. L’ambition affichée est de maintenir un dialogue régulier avec les professionnels afin de mieux comprendre les réalités auxquelles ils sont confrontés et de rechercher, avec eux, des réponses adaptées.

Le message est clair : la régulation ne saurait se limiter aux textes et aux décisions administratives. Elle doit également s’appuyer sur l’écoute du terrain.

Les responsables de médias, organisations professionnelles, institutions et partenaires ont ainsi été invités à s’exprimer librement sur les difficultés du secteur, leurs expériences et leurs propositions.

Une volonté résumée par l’appel du secrétaire général à des échanges « sans tabou ni langue de bois ».

En quelques années, le numérique a bouleversé la manière de produire, de diffuser et de consommer l’information. Le journaliste n’est plus seulement confronté à la traditionnelle exigence de vérification avant publication. Il évolue désormais dans un environnement où une information peut faire le tour des réseaux sociaux en quelques minutes, avant même d’avoir été vérifiée.

Cette accélération pose une question essentielle : comment rester rapide sans sacrifier la fiabilité ?

La désinformation, les contenus manipulés, les fausses informations, le respect des droits d’auteur ou encore la protection des données personnelles constituent désormais des préoccupations majeures pour les médias.

À cela s’ajoute une nouvelle révolution : celle de l’intelligence artificielle.

L’IA s’installe progressivement dans l’univers médiatique. Recherche documentaire, transcription, traitement de données, traduction, assistance à la rédaction ou production de certains contenus : ses usages potentiels sont nombreux.

Mais cette technologie soulève également de nouvelles interrogations professionnelles et éthiques.

Jusqu’où peut-on utiliser l’intelligence artificielle dans la production journalistique ? Comment vérifier un contenu généré par une machine ? Comment préserver l’authenticité du travail du journaliste ? Quelles précautions prendre face aux risques d’erreurs, de biais ou de contenus artificiellement fabriqués ?

Ces interrogations montrent que la transformation numérique n’est pas uniquement une question d’outils. Elle impose également une adaptation des compétences, des pratiques et des règles professionnelles.

Au cours de la rencontre, la présidente de la HAMA, Halimé Assadya Ali, a présenté plusieurs actions engagées depuis la première édition du dialogue. Ces initiatives s’inscrivent notamment dans le cadre du Plan stratégique 2026-2028.

La professionnalisation de la presse en ligne, la Carte d’Identité du Journaliste Professionnel, la Maison de la Presse, la formation des professionnels ainsi que l’aide à la presse figurent parmi les chantiers évoqués.

Les participants ont également suivi plusieurs communications consacrées au rôle et aux missions de la HAMA, au cadre législatif et réglementaire régissant les médias, au Code d’éthique et de déontologie du journaliste, à l’évolution du paysage médiatique ainsi qu’aux effets du numérique et de l’intelligence artificielle.

Autant de thématiques qui traduisent une réalité : le paysage médiatique tchadien est en pleine recomposition.

Si les mutations technologiques occupent une place centrale dans les discussions, elles ne doivent pas faire oublier une autre préoccupation : la viabilité économique des médias.

Dans un environnement où les modèles traditionnels de financement sont fragilisés, les entreprises de presse doivent trouver de nouvelles stratégies pour continuer à produire une information professionnelle et accessible.

Le défi est donc double. Il faut accompagner la transformation technologique tout en permettant aux médias de disposer des moyens nécessaires à leur fonctionnement.

Car un journalisme professionnel ne repose pas uniquement sur la compétence de ses acteurs. Il dépend aussi de conditions économiques permettant aux rédactions de travailler dans la durée.

Au fond, les échanges du CEFOD renvoient à une question essentielle : quel journalisme pour le Tchad de demain ?

À mesure que les réseaux sociaux deviennent des espaces majeurs de circulation de l’information et que l’intelligence artificielle investit les rédactions, la crédibilité devient un capital à protéger.

Dans cet univers dominé par la vitesse, le journaliste conserve une responsabilité fondamentale : vérifier, contextualiser, hiérarchiser et donner du sens à l’information.

La technologie peut accélérer le travail. Elle ne dispense pas de l’exigence journalistique.

Cette deuxième journée d’information, d’échanges et de dialogue apparaît ainsi comme une nouvelle étape dans la réflexion sur l’avenir des médias tchadiens.

En choisissant de réunir les professionnels autour d’une même table, la HAMA entend favoriser une approche fondée sur la concertation, alors que le secteur traverse des transformations profondes.

Le véritable défi sera désormais de transformer les échanges en réponses concrètes : renforcer les compétences, clarifier les pratiques, accompagner les mutations numériques, préserver l’éthique professionnelle et créer les conditions d’un secteur économiquement viable.

Le journalisme tchadien ne peut pas ignorer la révolution technologique. Il doit apprendre à évoluer avec elle, sans perdre ce qui constitue son essence.

Au CEFOD, le débat a donc porté sur le présent, mais surtout sur l’avenir : comment construire des médias capables d’innover sans renoncer à la rigueur, d’adopter l’intelligence artificielle sans abandonner l’intelligence journalistique, et de se moderniser tout en restant au service du public ?

La réponse, au-delà des institutions et des technologies, dépendra aussi de la capacité de l’ensemble des acteurs à poursuivre le dialogue et à faire émerger une vision commune de l’avenir des médias au Tchad.

MBAÏLEDE Trésor

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