Félicien Kabuga, longtemps considéré comme l’un des principaux bailleurs de fonds du génocide perpétré contre les Tutsis au Rwanda, est mort samedi 16 mai 2026 dans un hôpital de La Haye, à l’âge de 93 ans. Sa disparition met un terme définitif à l’un des dossiers judiciaires les plus emblématiques liés aux crimes de 1994, mais laisses-en suspens une part des interrogations et des attentes des survivants.
Arrêté en France en 2020 après plus de deux décennies de fuite, l’homme d’affaires rwandais avait longtemps échappé aux recherches internationales. Sa cavale, marquée par de multiples identités et une discrète implantation dans plusieurs pays, symbolisait pour beaucoup l’impunité persistante de certains acteurs clés du génocide qui fit près de 800 000 morts au Rwanda en 1994.
Kabuga était poursuivi pour génocide, crimes contre l’humanité et incitation directe et publique à commettre ces crimes. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), puis le Mécanisme résiduel des Nations unies, l’accusaient notamment d’avoir financé et soutenu la Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM), tristement célèbre pour avoir diffusé des messages de haine et encouragé les massacres.
Son rôle présumé, à la fois financier et logistique, en faisait l’une des figures les plus recherchées parmi les responsables du génocide. Son arrestation, en mai 2020 près de Paris, avait été saluée comme une avancée majeure dans la quête de justice internationale.
Mais le processus judiciaire n’a jamais réellement pu aboutir. En 2023, les juges avaient déclaré Kabuga inapte à être jugé, en raison d’un état de santé déclinant et de troubles cognitifs sévères, assimilés à une forme avancée de démence. Le Mécanisme onusien avait alors suspendu la procédure, laissant en suspens la possibilité d’un procès équitable.
Jusqu’à son décès, il demeurait hospitalisé sous surveillance, son état de santé s’étant progressivement aggravé. Sa mort éteint de facto l’action publique à son encontre.
Pour de nombreux rescapés, la disparition de Kabuga sans jugement laisse un goût amer. S’ils saluent la fin d’une longue traque, ils regrettent que la justice internationale ne puisse plus établir publiquement les responsabilités de celui qui fut considéré comme un pilier financier et idéologique du système génocidaire.
Certains soulignent toutefois que son arrestation, malgré son âge avancé, avait envoyé un message clair : même tardivement, les crimes de génocide ne s’effacent pas.
La mort de Félicien Kabuga clôt un chapitre judiciaire majeur, mais ne referme pas les blessures laissées par l’un des pires massacres du XXᵉ siècle. Alors que le Rwanda continue de reconstruire et de transmettre la mémoire du génocide, la disparition de l’un de ses présumés architectes rappelle l’importance, pour la justice internationale, de poursuivre sans relâche la lutte contre l’impunité.
La Rédaction
