La disparition tragique de Perec Dakor, jeune juriste tchadienne de 25 ans et du moto-taximan, mortellement percutés par une benne le mardi 4 août 2026 à proximité du quartier général du GMIP, a replongé l’opinion publique dans un débat récurrent : celui de la circulation des poids lourds dans la capitale et de l’effectivité des mesures prises pour protéger les usagers de la route.
Au-delà de l’émotion suscitée par ce drame, une question revient avec insistance : les dispositions réglementaires encadrant la circulation des camions-bennes à N’Djamena sont-elles réellement appliquées ?
Quelques mois auparavant, le maire de la ville avait pourtant réitéré, à travers un communiqué officiel, les règles encadrant la circulation des gros porteurs. Le texte rappelle que les camions de plus de sept tonnes transportant des marchandises ou des matériaux de construction sont interdits de circulation en journée, tandis que les camions-bennes transportant sable, gravier, remblais ou ordures ménagères ne sont autorisés à circuler qu’à partir de 9 heures. Le communiqué charge également les forces de sécurité, la police municipale et les services compétents de veiller à une application « stricte » de ces dispositions, sans aucune exception.
Pour de nombreux observateurs, ce cadre réglementaire soulève désormais une interrogation majeure. Si les prescriptions municipales sont effectivement respectées, comment expliquer que des accidents impliquant des bennes continuent d’endeuiller des familles ? À l’inverse, si ces véhicules circulent en dehors des horaires autorisés ou sans contrôle suffisant, cela pose la question de l’efficacité des mécanismes de surveillance et de l’application de la réglementation.
À ce stade, rien ne permet d’affirmer que le camion impliqué dans l’accident ayant coûté la vie à Perec Dakor et le moto-taximan circulait en infraction avec les horaires ou les conditions prévues par l’arrêté municipal. Seule l’enquête permettra d’établir les circonstances exactes du drame, notamment l’heure de l’accident, la conformité du véhicule avec la réglementation et les éventuelles responsabilités.
Cette tragédie met toutefois en lumière une réalité préoccupante : les accidents impliquant des poids lourds demeurent une source d’inquiétude permanente pour les habitants de N’Djamena. Chaque nouveau drame ravive les interrogations sur les contrôles routiers, le respect des limitations imposées aux véhicules lourds, la formation des conducteurs, mais aussi sur la cohabitation parfois difficile entre ces engins et les usagers vulnérables.
Au-delà du cas particulier de Perec Dakor, cette situation interpelle l’ensemble des acteurs concernés. Les textes existent, les consignes sont connues et les autorités compétentes sont clairement désignées pour en assurer l’exécution. Le véritable défi réside désormais dans leur mise en œuvre effective sur le terrain, afin que la réglementation ne demeure pas une simple disposition administrative, mais un véritable instrument de prévention des accidents.
Le décès de cette jeune juriste, dont le parcours prometteur a été brutalement interrompu, rappelle que derrière chaque statistique se cache une vie, une famille et des rêves anéantis. Son histoire relance avec force le débat sur la sécurité routière dans la capitale et sur la nécessité de faire respecter les règles destinées à préserver des vies humaines.
Plus que jamais, les citoyens attendent des réponses précises sur les circonstances de ce drame, mais aussi des actions concrètes pour que de telles tragédies ne se reproduisent plus. Car lorsqu’une réglementation est édictée pour protéger la population, son efficacité se mesure avant tout à sa capacité à empêcher que des vies continuent d’être fauchées sur les routes.
MBAÏLEDE Trésor
