Ce samedi 2 août 2025, un drame bouleversant a secoué de nouveau la conscience nationale tchadienne : la mort tragique de Fulbert Mouanodji, présentée officiellement comme un suicide par immolation. Toutefois, des zones d’ombre persistent, soulevant des doutes légitimes sur la version avancée par les autorités.
Me Benjamin Mamgodibaye, avocat au barreau du Tchad, apporte ici un éclairage juridique et humain sur les circonstances suspectes de ce décès rapporté par nos confrères de Rafigui Média
1. Une volonté de vivre clairement exprimée
Le premier élément majeur que soulève Me Mamgodibaye est l’alerte lancée par Fulbert Mouanodji avant sa mort : « Je suis en danger les amis ». Ce message, adressé à ses proches, témoigne sans ambiguïté d’un instinct de survie et d’une volonté d’être secouru, en contradiction directe avec l’acte suicidaire qui lui est attribué.
Le défunt, de confession chrétienne catholique, appartenait à une foi où le suicide est formellement proscrit. Pour Me Mamgodibaye, cette croyance renforce l’argument selon lequel Fulbert n’aurait pas pu volontairement attenter à sa vie.
2. Une communication prématurée et partiale du procureur
Lors d’une conférence de presse, le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance d’Abéché a affirmé que Fulbert Mouanodji aurait acheté deux bouteilles d’essence, versé l’une sur son corps, puis se serait immolé avec des allumettes.
Pour Me Mamgodibaye, cette déclaration est juridiquement problématique. En effet :
- Si l’enquête est toujours en cours, aucune conclusion définitive ne devrait être formulée.
- L’attitude défensive du procureur, qui réfute d’emblée les versions circulant sur les réseaux sociaux tout en affirmant une version officielle, compromet la neutralité exigée par sa fonction.
- L’hypothèse selon laquelle Fulbert aurait été tué avant d’être brûlé n’est pas exclue et devrait faire l’objet d’investigations rigoureuses.
3. Le refus d’une autopsie : un obstacle à la vérité
Autre point troublant : le refus de pratiquer une autopsie et l’inhumation précipitée du corps de Fulbert, sans la présence de sa famille. Me Mamgodibaye y voit une tentative délibérée d’empêcher l’établissement des faits.
Les images du corps du défunt montrent un cadavre non entièrement carbonisé, ce qui, d’un point de vue médico-légal, n’exclut en rien la possibilité d’une autopsie. Bien au contraire, un examen post-mortem aurait pu permettre :
- De déterminer les causes exactes du décès (par feu, asphyxie, empoisonnement, etc.).
- D’établir si des blessures antérieures ou des traces de violence sont présentes.
- De vérifier l’absence ou la présence de substances suspectes.
Pour l’avocat, la ville d’Abéché, dotée d’un minimum d’infrastructure, aurait pu facilement organiser cette autopsie, qui est par ailleurs légalement obligatoire en cas de mort suspecte.
À travers cette analyse, Me Benjamin Mamgodibaye lance un appel au respect des procédures judiciaires et à la recherche impartiale de la vérité. Il exhorte les autorités à traiter cette affaire avec le sérieux qu’elle mérite, loin de toute précipitation ou tentative de dissimulation.
« Mon frère Fulbert, que ton âme repose en paix. Je vais réciter dix « Je vous salue Marie » pour accompagner ton départ. Tu ne fais que nous précéder. », conclut-il avec émotion.
LA REDACTION
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