La présentation officielle du pagne de l’édition 2026 du SENAFET a embrasé l’opinion publique. Entre fierté nationale et interrogations légitimes, l’événement, placé sous le parrainage de Kitoko Gata Ngoulou, a marqué un tournant symbolique dans la préparation de cette célébration dédiée aux femmes tchadiennes.
C’est sur une scène solennelle que Zara Ratou, Secrétaire Générale du Ministère de la Femme et de la Petite Enfance, a dévoilé le pagne tant attendu : une création de ZAHRAT AL-KHALIT Sarl, riche en couleurs, pensée pour incarner la mosaïque culturelle et la grâce des femmes du pays. Un tissu éclatant, porteur de sens, qui se veut étendard d’unité et de dignité.
Derrière les applaudissements et les déclarations officielles, un chiffre s’impose : 11 000 FCFA, le prix unique fixé pour le pagne. Un tarif décrit comme « maîtrisé » et « accessible », mais qui suscite des interrogations croissantes.
En milieu urbain notamment à N’Djamena, cette somme peut paraître raisonnable pour un produit de qualité. Mais dans les zones rurales, la réalité est tout autre : 11 000 FCFA peuvent représenter plusieurs jours de travail agricole, voire une part décisive du revenu mensuel d’un foyer. Pour beaucoup, le pagne devient alors un luxe, loin de la volonté affichée d’inclusion.
Le risque est clair : un symbole conçu pour unir pourrait, paradoxalement, accentuer les écarts sociaux.
L’objectif des autorités est incontestablement noble : élever l’image de la femme tchadienne, offrir un produit haut de gamme, faire du pagne un outil de cohésion nationale. Mais l’équation économique se révèle plus complexe.
Coût de production élevé, recherche d’excellence, absence de subventions ciblées ou de tarifs différenciés… autant de facteurs qui creusent l’écart entre l’intention politique et la réalité vécue par les ménages. Dans les villages où chaque franc compte, comment espérer une adhésion totale si l’accès même au symbole se révèle difficile ?
À quelques jours de la SENAFET 2026, une question simple mais essentielle s’impose :
comment permettre à chaque femme tchadienne de porter ce pagne avec la même fierté ?
Le débat n’a rien d’anecdotique. Il touche à l’identité, à la dignité, à la cohésion. Il interroge la volonté de construire un symbole véritablement national, un symbole qui ne laisse personne au bord du chemin.
Le pagne SENAFET 2026 a tout pour devenir un repère culturel majeur. Mais pour qu’il incarne réellement l’unité, il doit être accessible à toutes, qu’elles vivent au cœur de la capitale ou dans les hameaux les plus reculés du pays.
La discussion est lancée. Elle mérite d’être écoutée. Et surtout, elle mérite une réponse.
MBAÏLEDE Trésor



Laisser un commentaire