La plainte déposée contre la République du Tchad auprès de la Cour pénale internationale (CPI) continue de susciter de vives réactions sur la scène politique tchadienne. Dernier en date à monter au créneau : l’ancien ministre Mahmoud Ali Seïd, qui a livré une réaction cinglante, dénonçant une initiative qu’il juge aussi injuste qu’indécente.
Déposée à La Haye par le cabinet français Bourdon & Associés, agissant pour le compte de l’association Priority Peace Sudan, la saisine du Bureau du Procureur de la CPI vise à attirer l’attention sur une supposée implication du Tchad dans de graves violations du droit international humanitaire commises au Soudan. Le courrier, daté du 15 décembre 2025, évoque des faits « susceptibles de revêtir la qualification de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre », en lien avec les exactions attribuées aux Forces de soutien rapide (FSR) sur le territoire soudanais.
Une démarche qui a provoqué l’indignation de Mahmoud Ali Seïd. Dans une déclaration au ton offensif, l’ex-ministre rappelle d’abord le lourd fardeau humanitaire assumé par N’Djamena depuis le début du conflit chez son voisin soudanais.
« Voilà que notre pays, qui paie aujourd’hui un lourd tribut en accueillant des centaines de milliers de réfugiés de cette guerre ravageant ce pays voisin et frère, se retrouve victime de ces cabales grotesques », s’est-il indigné.
Pour l’ancien responsable gouvernemental, la plainte relève moins d’une quête de justice que d’une manœuvre politique maladroite. Il fustige ce qu’il décrit comme une tentative de stigmatisation d’un État déjà fortement éprouvé par les conséquences régionales du conflit. « Quelle indécence », tranche-t-il, visant directement les initiateurs de la procédure.
Au-delà de la colère, Mahmoud Ali Seïd voit dans cette affaire un possible effet inverse à celui recherché par les plaignants. Selon lui, loin d’affaiblir le Tchad, cette initiative pourrait au contraire renforcer la cohésion nationale. « Est-il besoin de rappeler à ce cabinet obscur que ces agissements ne feront que renforcer l’unité du peuple tchadien, plus que jamais jaloux de sa souveraineté retrouvée ? », interroge-t-il, avant d’ajouter que ces « fourberies » n’exposeront, selon lui, que « le ridicule de la démarche ».
Cette sortie musclée intervient dans un contexte régional explosif, où le Tchad joue un rôle clé à la fois diplomatique et humanitaire. Pays frontalier du Soudan, il est devenu l’un des principaux pays d’accueil des populations fuyant les violences, une réalité souvent mise en avant par les autorités tchadiennes pour souligner leur engagement en faveur de la stabilité régionale.
Reste à savoir comment le Bureau du Procureur de la CPI traitera ce signalement, transmis au titre de l’article 15 du Statut de Rome, qui permet au procureur d’ouvrir un examen préliminaire sur la base d’informations reçues. En attendant, la réaction de Mahmoud Ali Seïd illustre la crispation croissante autour de cette affaire, perçue à N’Djamena comme une attaque directe contre l’image et la souveraineté du pays.
MBAÏLEDE Trésor



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