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Rwanda : la vague de fermeture des églises évangéliques qui bouscule le paysage religieux

Au Rwanda, la scène religieuse vit depuis plusieurs années une transformation radicale. Plus de 10 000 églises évangéliques ont été contraintes de fermer leurs portes à la suite d’une réglementation stricte imposée par le gouvernement, une politique qui continue de susciter de vives réactions à travers le pays.

À l’origine de ce bouleversement, une loi adoptée en 2018 visant à resserrer l’encadrement des lieux de culte. Désormais, toute communauté religieuse doit se conformer à un ensemble d’exigences : normes de sécurité renforcées, transparence financière obligatoire, action annuelle alignée sur les « valeurs nationales » et qualification des dirigeants religieux.
Les prédicateurs doivent notamment justifier d’une formation théologique reconnue, une condition difficile à remplir pour de nombreuses petites églises évangéliques qui ont proliféré ces dernières années.

Le président Paul Kagame n’a jamais caché sa méfiance à l’égard de la multiplication rapide des églises dans le pays. Lors d’un point de presse récent, il a exprimé sans détour son agacement :

« Si cela ne tenait qu’à moi, je ne rouvrirais même pas une seule église. »

Selon lui, face aux défis majeurs du Rwanda notamment, reconstruction, stabilité, développement économique, certaines églises contribueraient davantage à la désorganisation sociale qu’à la cohésion nationale.
Il est allé jusqu’à qualifier une partie d’entre elles de « repaire de bandits », accusant certains dirigeants religieux de profiter de la crédulité des fidèles.

Paul Kagame considère également que la présence massive de structures religieuses trouve ses racines dans l’ère coloniale, une période dont, selon lui, le pays n’a pas encore totalement surmonté les conséquences.

Pour les autorités, cette réforme s’inscrit dans une volonté de moderniser le pays, de limiter les abus religieux et de renforcer la discipline communautaire.

Selon le recensement de 2024, une large majorité de Rwandais s’identifient encore comme chrétiens. Mais les fermetures massives d’églises révèlent une tension croissante entre une foi très présente dans la société et un gouvernement déterminé à reprendre la main sur l’espace religieux.

Alors que certaines communautés religieuses tentent de se réorganiser pour se mettre en conformité, d’autres dénoncent une atteinte à la liberté de culte.
Entre volonté étatique de contrôle et aspirations spirituelles de la population, le Rwanda se trouve au cœur d’un débat complexe, où tradition religieuse, mémoire historique et projet politique s’entrecroisent.

La Rédaction

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