Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a franchi un cap majeur en apportant officiellement le soutien de l’État du Sénégal à la candidature de son prédécesseur, Macky Sall, au poste de secrétaire général des Nations unies. Cette décision, rendue publique par le ministère des Affaires étrangères, marque un changement profond dans la posture diplomatique de Dakar et provoque une onde de choc sur la scène politique sénégalaise.
En donnant son accord, le chef de l’État met fin à plusieurs mois d’ambiguïté autour de cette candidature. Alors que le Sénégal s’était jusqu’ici abstenu de soutenir l’ancien président, Bassirou Diomaye Faye a désormais instruit le gouvernement et l’ensemble du réseau diplomatique sénégalais de mobiliser tous les leviers nécessaires pour défendre la candidature de Macky Sall auprès des États membres des Nations unies.
Cette prise de position constitue un tournant significatif. Auparavant, lorsque la candidature de Macky Sall avait été évoquée dans le cadre de la présidence tournante de l’Union africaine assurée par le Burundi, Dakar avait choisi de garder ses distances. En mars dernier encore, le Sénégal figurait parmi les pays africains qui n’avaient pas apporté leur appui officiel à l’ancien chef de l’État.
Ce revirement intervient quelques jours seulement après la rencontre entre Bassirou Diomaye Faye et Macky Sall au Palais de la République. Présentée officiellement comme une visite de courtoisie, cette entrevue apparaît désormais comme un moment décisif ayant favorisé un rapprochement institutionnel entre les deux responsables.
À travers son communiqué, le ministère des Affaires étrangères souligne que cette candidature est désormais portée au nom du Sénégal et qu’elle s’inscrit dans une démarche visant à promouvoir les intérêts de l’Afrique sur la scène internationale ainsi que le renforcement du multilatéralisme.
En choisissant de soutenir son prédécesseur, le président Diomaye Faye privilégie ainsi la continuité de la diplomatie sénégalaise sur les divergences politiques internes, donnant une nouvelle orientation à l’action extérieure de son pays.
L’annonce suscite d’autant plus de réactions qu’elle intervient dans un contexte où les nouvelles autorités avaient multiplié les critiques contre la gouvernance de Macky Sall depuis l’alternance politique de 2024.
L’ancien président reste notamment associé aux événements ayant marqué les manifestations politiques entre 2021 et 2024, une période de fortes tensions ayant causé plusieurs dizaines de morts. Les nouvelles autorités avaient également engagé plusieurs audits et procédures visant la gestion de l’ancien régime.
Le soutien officiel décidé par Bassirou Diomaye Faye tranche donc avec cette ligne politique et alimente les interrogations sur les motivations du pouvoir. Pour plusieurs observateurs, le chef de l’État fait le choix de dissocier les enjeux diplomatiques des rivalités partisanes, considérant que la candidature d’un ancien président sénégalais peut renforcer le rayonnement du pays sur la scène internationale.
Dans une compétition aussi stratégique que celle du secrétariat général de l’ONU, l’appui du pays d’origine constitue un élément essentiel de crédibilité. En apportant son soutien officiel, Dakar renforce considérablement le dossier de Macky Sall auprès de la communauté internationale.
L’ancien président devra néanmoins affronter plusieurs personnalités de premier plan, parmi lesquelles l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, ainsi que Rebecca Grynspan, actuelle secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED).
Au-delà de sa dimension diplomatique, l’accord donné par Bassirou Diomaye Faye nourrit de nombreuses analyses sur l’évolution du paysage politique sénégalais.
Certains analystes y voient un geste d’apaisement envers l’Alliance pour la République (APR), le parti fondé par Macky Sall, tandis que d’autres estiment que cette initiative pourrait contribuer à réduire les tensions politiques héritées de l’alternance de 2024.
D’autres observateurs avancent également que l’accession éventuelle de Macky Sall aux plus hautes responsabilités des Nations unies aurait pour effet de l’éloigner durablement de la vie politique sénégalaise, modifiant ainsi les équilibres en vue des prochaines échéances électorales.
Si les proches de Macky Sall saluent une reconnaissance de son expérience internationale et une décision conforme aux intérêts supérieurs du Sénégal, une partie de l’opposition et plusieurs soutiens du pouvoir dénoncent un choix qu’ils jugent en contradiction avec les promesses de rupture qui avaient porté Bassirou Diomaye Faye à la présidence.
Sur les réseaux sociaux comme dans les milieux politiques, le débat est particulièrement animé. Pour les uns, le président fait preuve de hauteur d’État en soutenant un ancien chef de l’État au nom de l’intérêt national ; pour les autres, cette décision brouille le message politique porté depuis l’alternance.
Quoi qu’il en soit, en donnant officiellement son aval à la candidature de Macky Sall, Bassirou Diomaye Faye imprime une nouvelle orientation à la diplomatie sénégalaise. Une décision aux conséquences qui dépassent largement le cadre de la course au secrétariat général des Nations unies et qui pourrait durablement redessiner les rapports de force sur la scène politique sénégalaise.
MBAÏLEDE Trésor
