Par un décret aussi bref que lourd de conséquences, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a mis fin, jeudi 22 mai, aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko, scellant l’éclatement d’un tandem politique qui avait conquis le pouvoir un peu plus d’un an auparavant. Dans la foulée, l’ensemble du gouvernement est automatiquement dissous, les ministres étant chargés d’expédier les affaires courantes jusqu’à la formation d’une nouvelle équipe.
Cette éviction spectaculaire apparaît comme l’aboutissement logique d’une dégradation progressive des relations entre les deux hommes. Depuis l’été 2025, les désaccords se multipliaient : critiques publiques sur « l’autorité » présidentielle, divergences sur le rythme des réformes, tensions autour de la coalition au pouvoir et rivalités politiques de plus en plus visibles.
L’une des premières fractures s’était ouverte lorsque le président avait confié la direction de la coalition à Aminata Touré, contre l’avis de son Premier ministre, provoquant un malaise profond au sein du Pastef. La suite n’aura été qu’une succession d’escarmouches politiques où déclarations, mises en garde et stratégies concurrentes ont creusé un fossé irréversible.
Devenu figure centrale du pouvoir après avoir été empêché de se présenter à la présidentielle de 2024, Ousmane Sonko conservait une popularité galvanisante, notamment auprès d’une jeunesse frustrée par les crises économiques et sociales. Pendant ce temps, Bassirou Diomaye Faye, plus discret mais déterminé, voyait se renforcer l’idée d’un face-à-face inévitable entre le chef de l’État et son puissant chef de gouvernement.
Ces derniers mois, les prises de position tranchées du Premier ministre sur la transparence des fonds politiques, sur les réformes institutionnelles ou encore sur l’influence occidentale ont accentué la tension. Devant les députés, quelques heures avant son limogeage, Sonko affirmait encore : « Le président s’est trompé », fixant un nouvel ultimatum pour l’adoption de réformes sensibles.
Le limogeage a immédiatement déclenché un élan de soutien pour l’ex-Premier ministre, rassemblant des centaines de sympathisants devant son domicile et sur les réseaux sociaux. Le Pastef, dans un communiqué, a salué « un travail remarquable » et annoncé sa préparation pour un congrès décisif en juin.
Sur le plan institutionnel, le pays entre dans une zone d’incertitude. Aucun nom n’a filtré concernant le futur Premier ministre, alors même que l’Assemblée nationale, dominée par les partisans de Sonko depuis 2024, s’apprête à devenir un terrain central de recomposition politique.
La séparation entre Diomaye Faye et Sonko ouvre un nouveau chapitre dans la vie politique sénégalaise. Elle pourrait redessiner les alliances, relancer les ambitions présidentielles en vue de 2029 et remettre au premier plan des sujets explosifs, comme la dette publique évaluée par le Fonds monétaire international (FMI) à 132 % du PIB ou les réformes institutionnelles en souffrance.
En un geste, le président a rompu un pacte qui avait porté un duo inattendu mais puissant jusqu’au sommet de l’État. Reste désormais à savoir si cette rupture amorce une simple réorganisation gouvernementale ou le début d’un affrontement politique de grande ampleur dans un Sénégal en quête de stabilité et de réformes.
MBAÏLEDE Trésor
