Pendant quatre jours, du 26 au 29 mars 2026, Malabo a été le centre de gravité diplomatique d’un ensemble réunissant 79 nations. Le 11e Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement de Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique a réuni dirigeants, experts et partenaires autour d’un impératif commun : redéfinir la place du bloc dans un monde remodelé par des crises successives et des avancées technologiques fulgurantes.
Réunis sous le thème « Une OEACP transformée et renouvelée dans un monde en mutation », les participants ont dressé un diagnostic lucide : l’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique évoluent aujourd’hui dans un environnement mondial instable, marqué par la recomposition des puissances, la course à l’innovation et les secousses économiques. Pour peser dans ce nouveau paysage, l’organisation doit repenser ses mécanismes de solidarité, moderniser ses instruments de coopération et miser sur ses atouts naturels, humains et économiques.
Au cœur des débats, plusieurs chantiers centraux ont émergé comme prioritaires. La souveraineté numérique et l’intelligence artificielle ont été identifiées comme des domaines stratégiques à investir d’urgence, avec un appel général à développer des infrastructures propres, sécurisées et capables de soutenir l’innovation locale. L’économie bleue, pilier vital notamment pour les États insulaires, a été présentée comme un levier majeur de croissance durable. La question du financement climatique a également occupé une place de choix, les pays membres réclamant des mécanismes plus équitables et flexibles pour faire face aux effets du réchauffement. Enfin, la transformation industrielle et la création de chaînes de valeur régionales ont été mises en avant comme conditions essentielles pour sortir de la dépendance vis-à-vis des exportations brutes.
La délégation du Tchad a été conduite par Zakaria Fadoul Kittir, Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire en Guinée équatoriale. Sa présence active a réaffirmé l’engagement de N’Djamena à jouer un rôle plus affirmé dans les initiatives régionales et à défendre une coopération fondée sur l’intégration, la stabilité et le développement durable.
En marge des discussions de haut niveau, plusieurs forums thématiques ont élargi les perspectives du sommet. Le Forum des femmes a exploré les enjeux d’innovation dans les systèmes agroalimentaires et les stratégies de résilience face aux dérèglements climatiques. Le Forum de la jeunesse s’est concentré sur l’emploi, l’entrepreneuriat et la mobilisation citoyenne, soulignant le rôle déterminant des nouvelles générations dans la trajectoire future des pays membres. Parallèlement, des rencontres avec les partenaires au développement ont permis d’aborder les investissements structurants, la coopération technique et les financements innovants susceptibles d’accélérer la mise en œuvre des projets régionaux.
À l’issue de cette rencontre de Guinée équatoriale, un constat s’impose : l’OEACP se trouve à un tournant. Face aux défis climatiques, économiques et technologiques, les dirigeants ont manifesté une volonté commune de bâtir une organisation plus intégrée, mieux armée pour défendre les intérêts de ses populations et prête à assumer un rôle accru sur la scène internationale. Le sommet de Malabo aura ainsi posé les fondations d’une OEACP réinventée, résolument tournée vers l’avenir et déterminée à affirmer sa voix dans un monde en pleine recomposition.
MBAÏLEDE Trésor
