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Tchad : à N’Djamena, la lutte contre le paludisme se déploie au cœur des quartiers

Alors que la saison des pluies favorise la multiplication des moustiques vecteurs du paludisme, les autorités sanitaires tchadiennes renforcent leur dispositif de prévention dans la capitale. Le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), avec l’appui de la Croix-Rouge du Tchad et de plusieurs organisations locales, vient de lancer une campagne de sensibilisation de proximité accompagnée d’une distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide. Pendant un mois, les équipes iront à la rencontre des ménages pour faire de la prévention un véritable réflexe collectif.

À N’Djamena, la riposte contre le paludisme ne se limite plus aux structures de santé. Elle descend dans les quartiers, au plus près des familles.

Pendant plusieurs semaines, agents communautaires et volontaires vont sillonner les différents secteurs de la capitale afin de sensibiliser les populations aux moyens de prévention, promouvoir l’utilisation correcte des moustiquaires imprégnées à longue durée d’action et encourager le recours rapide aux soins en cas de fièvre.

L’objectif est autant de protéger que de faire évoluer les comportements.

Car si la moustiquaire constitue une barrière essentielle contre les piqûres de moustiques, son efficacité dépend largement de son utilisation régulière et correcte. Les ménages sont également appelés à contribuer à la réduction des foyers de prolifération des moustiques, notamment en éliminant les eaux stagnantes et en assainissant leur environnement immédiat.

Le lancement officiel de la campagne, organisé dans le 7e arrondissement, illustre la volonté des autorités de rapprocher les interventions sanitaires des communautés.

Le maire d’arrondissement, Adoum Hassan Djimet, a salué une initiative qui place directement les familles au centre de la stratégie de prévention. Pour lui, la distribution des moustiquaires ne doit pas constituer une fin en soi. Leur installation, leur entretien et surtout leur utilisation quotidienne demeurent déterminants pour assurer une protection effective.

Cette approche rappelle une réalité souvent sous-estimée : en matière de paludisme, la prévention ne repose pas uniquement sur les moyens mis à disposition par les pouvoirs publics. Elle dépend également de leur appropriation par les populations.

Une moustiquaire distribuée mais peu ou mal utilisée perd une grande partie de son potentiel protecteur.

Pour le coordonnateur du PNLP, Dr Mahamat Saleh Issakha Diar, l’intensification de la prévention s’appuie sur plusieurs leviers complémentaires.

La distribution de moustiquaires, la chimioprévention, la sensibilisation et l’amélioration de la prise en charge précoce des cas au niveau communautaire doivent permettre de réduire l’exposition des populations et de limiter les conséquences de la maladie.

L’enjeu est également de lutter contre certaines pratiques susceptibles d’aggraver la situation, notamment l’automédication. Devant une fièvre, les populations sont encouragées à consulter rapidement une structure de santé afin de bénéficier d’un diagnostic et d’une prise en charge appropriés.

Cette orientation vers les soins constitue un autre maillon essentiel de la lutte : plus un cas est identifié et pris en charge rapidement, plus les risques de complications peuvent être limités.

À N’Djamena, la lutte contre le paludisme est étroitement liée à la question de l’assainissement.

La saison des pluies crée des conditions favorables à l’apparition de nombreuses zones d’eau stagnante susceptibles de devenir des lieux de reproduction des moustiques. Caniveaux encombrés, récipients abandonnés, flaques d’eau et espaces mal drainés deviennent ainsi des points de vigilance.

D’où l’importance d’une stratégie qui dépasse le seul secteur sanitaire.

La suppression des gîtes larvaires, l’assainissement des espaces publics et privés et l’amélioration des pratiques d’hygiène s’inscrivent désormais dans une même logique de protection des populations.

Cette approche permet également de prendre en compte d’autres risques sanitaires associés à l’insalubrité et aux eaux contaminées, notamment les maladies diarrhéiques et le choléra.

Lors de la cérémonie de lancement, le maire de la ville de N’Djamena, Abdoulaye Hassan Sénoussi, a insisté sur la nécessité de traduire les politiques de prévention en actions concrètes.

À travers une formule particulièrement évocatrice  « Nous distribuons de la prévention, nous distribuons de la protection », il a souligné que la mise à disposition de moustiquaires constitue une réponse directe aux préoccupations des familles.

Cette vision met en évidence l’importance d’une prévention qui ne se contente pas de transmettre des messages, mais qui donne également aux populations les moyens de se protéger.

Informer, équiper et accompagner : trois dimensions qui doivent fonctionner ensemble pour rendre la prévention réellement efficace.

La campagne repose également sur une conviction : le paludisme ne peut être combattu efficacement par les seuls professionnels de santé.

Collectivités territoriales, services municipaux, associations, organisations humanitaires, agents communautaires et populations doivent agir de manière coordonnée.

La municipalité est notamment appelée à poursuivre les opérations d’assainissement et les interventions visant à améliorer le cadre de vie, tandis que les communautés jouent un rôle essentiel dans l’entretien de leur environnement et l’adoption des gestes préventifs.

Cette mobilisation multisectorielle traduit une évolution importante de la réponse sanitaire : prévenir le paludisme, c’est aussi agir sur les conditions environnementales et sociales qui favorisent sa transmission.

Présidant le lancement officiel de la campagne, le ministre de la Santé publique et de la Prévention, Dr Abdelmadjid Abderahim, a encouragé les équipes engagées dans cette opération et salué les efforts du PNLP dans le renforcement de la prévention.

Le gouvernement entend ainsi consolider une stratégie fondée sur trois impératifs : sensibiliser les populations, renforcer l’accès aux moyens de protection et favoriser leur utilisation effective.

Le choix d’une intervention directement dans les quartiers répond à une logique simple : la prévention est d’autant plus efficace qu’elle atteint les populations dans leur environnement quotidien.

À N’Djamena, la lutte contre le paludisme se joue désormais à plusieurs niveaux : dans les ménages, dans les quartiers, dans les centres de santé, mais aussi dans les rues et les espaces publics.

Chaque moustiquaire correctement utilisée constitue une protection supplémentaire. Chaque eau stagnante éliminée réduit un potentiel foyer de prolifération. Chaque personne orientée rapidement vers un centre de santé en cas de fièvre représente une chance supplémentaire d’éviter une évolution grave.

La campagne lancée par les autorités sanitaires entend ainsi inscrire la prévention dans les habitudes quotidiennes.

Au-delà de la distribution de moustiquaires, c’est donc une véritable bataille pour le changement des comportements qui s’engage dans les quartiers de la capitale.

Face au paludisme, la réponse sanitaire ne commence pas seulement lorsque la maladie apparaît. Elle commence bien avant, par la prévention, l’assainissement, l’information et la mobilisation de toute la communauté.

 MBAÏLEDE Trésor

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