À Alger, la première session du Conseil d’affaires tchado-algérien a pris des allures de déclaration de stratégie continentale. Loin des discours convenus, la rencontre s’est imposée comme le lancement d’un pacte économique ambitieux entre le Sahel et la Méditerranée. Face à un assemblage de ministres, d’industriels et d’opérateurs économiques des deux pays, Mahamat Saleh Abdeljelil, co-président du Conseil, a donné le ton : l’heure n’est plus à la diplomatie cordiale, mais à la construction concrète.
Dès l’ouverture, le message claque : cette session est une étape historique. Une dynamique directement inspirée par les présidents Mahamat Idriss Déby Itno et Abdelmadjid Tebboune, dont les visites croisées, ces derniers mois, témoignent d’un rapprochement inédit. « Nous sommes ici par nécessité historique », martèle Mahamat Saleh Abdeljelil,situant l’événement dans une vision plus large de refondation des relations intra-africaines.
Le cœur du partenariat repose sur une équation claire : l’Algérie, forte de son industrie naissante, de ses capacités de financement et de son expertise technique ; le Tchad, doté d’un vaste potentiel agricole, énergétique et minier. Une alliance de complémentarité, où chaque partie apporte une pièce stratégique du puzzle.
Longtemps perçu à travers le seul prisme sécuritaire, le Tchad dévoile ici son visage de futur hub de ressources. Le pays dispose de 39 millions d’hectares de terres arables, d’une réserve d’eau douce considérable et d’un cheptel parmi les plus importants du continent. Surtout, il détient un sous-sol encore largement vierge : or, bauxite, uranium, fer, terres rares… « Un musée géologique encore fermé », résume Bachir. Plus de 80 % des gisements restent inexploités : un signal clair envoyé aux investisseurs algériens.
Mais l’essentiel se joue désormais sur le terrain. « C’est le moment où l’on cesse de parler de partenariat pour le fabriquer », lance le co-président. L’ambition est tangible : inscrire la coopération dans des réalisations industrielles, usine par usine, emploi par emploi.
Pour cela, N’Djamena met en avant son programme de développement Tchad Connexion 2030, fort d’un budget de 3 000 milliards FCFA. Le pays promet un environnement plus attractif : procédures simplifiées, sécurisation des investissements, facilitation de l’accès au marché.
En échange, l’Algérie est invitée à jouer un rôle moteur en mobilisant son secteur privé, en partageant technologie et savoir-faire, et en ouvrant l’accès à ses lignes de crédit. Un appel appuyé, presque un défi, lancé aux industriels algériens.
Évidemment, le chemin reste semé d’embûches : infrastructures encore incomplètes, lourdeurs administratives, contraintes de change… Symbole de ces paradoxes, la route transsaharienne, à la fois promesse de désenclavement et rappel des défis persistants, demeure partiellement entravée.
Pourtant, les deux pays affichent une volonté commune de lever ces obstacles. Et au-delà du cadre bilatéral, cette session se veut un modèle : celui d’un axe Maghreb-Sahel capable de révolutionner les échanges intra-africains. « Ce Conseil d’affaires est un test de crédibilité », insiste Abdeljelil.
Un test qui pourrait tracer la voie d’une nouvelle géopolitique économique africaine, fondée sur la solidarité, la complémentarité et la construction locale.
Le message final du Conseil tient lieu de manifeste : bâtir en Afrique, par des Africains, pour les Africains.
À Alger, les bases sont désormais posées. L’ambition est claire. Le défi, immense.
Reste à transformer l’essai en usines, en emplois, et en prospérité partagée.
La Rédaction



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