N’Djamena a accueilli du 11 au 13 mai une effervescence rare : la 5ᵉ édition du Forum tripartite Tchad–Cameroun–RCA, devenu un laboratoire stratégique pour repenser la mobilité commerciale en Afrique centrale. Trois jours durant, la capitale tchadienne a réuni décideurs, experts et professionnels du transport autour d’un objectif clair : fluidifier durablement les corridors reliant le Tchad, le Cameroun et la République centrafricaine.
Sous la présidence de Fatima Goukouni Weddeye, ministre tchadienne des Transports, les travaux se sont clos mercredi dans un climat déterminé, tourné vers des actions immédiates. Le Cameroun était représenté par son ministre des Transports Jean Ernest Massena Ngallé Bibéhè, venu réaffirmer le rôle vital du corridor Douala–N’Djamena–Bangui, véritable épine dorsale du commerce sous-régional.
Les délégations ont disséqué les difficultés qui freinent encore la fluidité du transit : lourdeurs administratives, contrôles redondants, surcharge des camions, incidents douaniers et insuffisances persistantes des infrastructures, notamment autour de Douala. Ces obstacles perturbent les liaisons cruciales entre le Port de Douala, le Port autonome de Kribi, N’Djamena et Bangui.
Experts, douaniers, transporteurs, logisticiens et institutions régionales ont ainsi multiplié les ateliers pour identifier, point par point, les blocages et leurs solutions. Le résultat : une feuille de route pragmatique, orientée vers des actions applicables sans délai.
Au niveau portuaire, le forum recommande d’instaurer un dialogue permanent entre le Port Authority of Douala et les transporteurs, de renforcer la formation des chauffeurs circulant dans l’enceinte du Terminal à conteneurs, et de mettre fin à la pose anarchique de scellés.
Au niveau douanier, les États se sont engagés à émettre des titres de transit exclusivement pour des véhicules respectant les charges à l’essieu, grâce à une transmission automatisée des données. Les administrations douanières harmoniseront également la gestion des incidents dans le système Nexus, tout en améliorant l’échange d’informations et la certification des commissionnaires.
Au niveau des infrastructures, l’accent est mis sur la finalisation des voies secondaires à Douala et l’ouverture en continu, 24h/24, d’un checkpoint clé pour le transit régional. Des mesures qui impliquent directement le Bureau National de Fret Terrestre du Tchad et le Conseil National du Patronat Tchadien, indispensables à la chaîne logistique.
Lors de la clôture, Fatima Goukouni Weddeye a salué « un esprit de fraternité et de solidarité » ayant marqué cette édition, avant d’appeler à accélérer la digitalisation, moderniser les systèmes de transport et renforcer la coordination inter-état. Selon elle, il est temps de transformer ces corridors « en véritables instruments d’intégration et de prospérité partagée », dans la continuité des orientations des chefs d’État des trois pays.
Avec cette 5ᵉ édition, le Forum tripartite confirme son rôle d’outil structurant pour la coopération économique régionale. Les engagements pris à N’Djamena constituent un signal fort : désormais, les priorités sont l’efficacité, la sécurité des axes, la réduction des délais et l’amélioration de la compétitivité des corridors.
Le Tchad, le Cameroun et la Centrafrique affichent ainsi une ambition commune : transformer leurs routes commerciales en leviers de croissance, de stabilité et de souveraineté économique pour toute l’Afrique centrale.
MBAÏLEDE Trésor
