À N’Djamena, le 19 avril a de nouveau pris des airs de temps suspendu. Cinq ans après la mort d’Idriss Déby Itno, le Tchad s’est recueilli dans une atmosphère lourde, où l’hommage officiel s’est mué en récit politique structurant du présent.
Dans une allocution lue au nom du chef de l’État, Mahamat Idriss Déby Itno, la mémoire du défunt président a été élevée au rang de repère historique. « Il est des dates qui s’inscrivent dans le marbre de l’histoire », a-t-il été affirmé, inscrivant le 19 avril comme un point de bascule national autant qu’un devoir de mémoire.
Mais derrière le recueillement, le discours a pris des allures de justification politique. Le récit des heures critiques de 2021 a ressurgi : incertitude, vacillement de l’État, risque de chaos. Dans ce contexte, la prise de pouvoir transitoire est présentée comme un choix de survie nationale, assumé au nom de la continuité et de la stabilité.
Le chef de l’État insiste sur une décision collective prise dans l’urgence, avec l’appui de figures politiques et militaires, et sur la responsabilité d’un peuple qui aurait privilégié la paix au désordre. Cette lecture transforme la transition en moment fondateur, érigé en modèle de résilience institutionnelle.
Le discours met également en avant les mécanismes de sortie de crise, notamment le Dialogue National Inclusif et Souverain, présenté comme pilier de la refondation politique et du retour progressif à l’ordre constitutionnel. Le retour des exilés et la réintégration politique sont cités comme signes d’apaisement.
Dans cette narration, la continuité devient doctrine. Le Mouvement Patriotique du Salut, fondé sous l’ère Déby, est réaffirmé comme force idéologique durable, portée par une vision de stabilité et de résilience face aux crises régionales.
Au-delà de l’hommage, l’allocution dessine ainsi une ligne politique claire : transformer la mémoire du Maréchal en socle de légitimité et en boussole pour l’avenir. Entre devoir de mémoire, consolidation du pouvoir et projection nationale, le récit officiel cherche à sceller une continuité sans rupture.
Dans un pays marqué par les équilibres fragiles, ce cinquième anniversaire ne se limite donc pas à un souvenir. Il devient un moment de mise en récit du pouvoir, où l’histoire récente du Tchad continue de s’écrire sous le regard du passé.
La Rédaction



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