Tchad : confrontation autour du décret 2850, les enseignants en grève face à un gouvernement inflexible
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Tchad : confrontation autour du décret 2850, les enseignants en grève face à un gouvernement inflexible

Le bras de fer entre le Syndicat des Enseignants du Tchad (SET), section de N’Djamena, et le gouvernement s’est intensifié cette semaine autour de l’application du décret 2850, qui définit le statut particulier des enseignants. Une grève de deux semaines, a paralysé de nombreux établissements publics, révélant des tensions profondes sur le respect des droits et du statut des enseignants.

Le conflit dépasse largement une simple contestation ponctuelle. Il trouve sa source dans un désaccord structurel sur le statut des enseignants. Le SET réclame l’application intégrale du décret 2850, dénonçant des manquements persistants qui affecteraient directement la carrière et les conditions de travail de ses membres.

Abdelkadre Djibia, porte-parole du syndicat, insiste sur la dimension collective de la lutte : « Nos revendications ne concernent pas seulement quelques individus. Elles touchent tous les enseignants du pays et visent à faire respecter nos droits fondamentaux. »

Face à la mobilisation, le gouvernement a choisi la voie de la sanction. Les salaires des enseignants grévistes ont été suspendus, et la grève a été qualifiée d’« illégale », sur la base de la loi 032. Le SET, pour sa part, juge cette loi obsolète et incompatible avec les standards démocratiques actuels.

Cette décision risque de polariser davantage les positions : d’un côté, des enseignants radicalisés par la perte de revenus ; de l’autre, un gouvernement déterminé à afficher sa fermeté. Des observateurs redoutent que cette stratégie, plutôt que de désamorcer le conflit, ne renforce la mobilisation syndicale.

Le SET adopte une posture ferme mais disciplinée. Le syndicat met l’accent sur la solidarité et l’unité, soulignant que la mobilisation n’est pas contre le gouvernement en tant qu’institution, mais pour la reconnaissance d’un droit fondamental. Les enseignants dénoncent également une discrimination : « D’autres secteurs en grève n’ont pas subi de sanctions similaires », rappelle le syndicat, légitimant moralement leur mouvement.

Politiquement, le conflit révèle des limites dans la capacité ou la volonté de l’État à honorer ses engagements financiers et statutaires envers les enseignants. Socialement, le climat est électrique. Le risque de contagion est réel si d’autres sections du pays décident de se mobiliser en solidarité.

À court terme, le maintien des sanctions pourrait prolonger le conflit et perturber l’année scolaire. À long terme, la crise met en lumière la nécessité de moderniser le cadre légal et statutaire des enseignants et d’assurer une cohérence entre droit, négociation sociale et pratiques gouvernementales.

MBAÏLEDE Trésor

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