À l’occasion de ses cent jours de détention, l’opposant politique Max Kemkoye a rendu public un long message adressé au président de la République, Mahamat Idriss Déby Itno. Dans cette lettre à forte portée politique, il revient sur son incarcération, conteste les poursuites engagées contre lui et ses coaccusés, tout en appelant le chef de l’État à engager une profonde réforme de la gouvernance afin d’éviter, selon lui, une dégradation durable de la situation nationale.
Dans ce texte, Max Kemkoye affirme que lui-même ainsi que plusieurs autres responsables politiques, dont Ahmed Bokori Nima, Badono Daïgou, Mahamat Djara Digueï et Nasour Koursami, totalisent désormais cent jours de détention. Il soutient que leur emprisonnement résulte de considérations politiques plutôt que d’infractions avérées, estimant qu’ils ont été poursuivis pour avoir voulu exercer un droit constitutionnel à travers l’organisation d’une marche pacifique.
L’opposant rejette catégoriquement les accusations portées contre lui, notamment celles de mouvement insurrectionnel, de rébellion, de détention d’armes de guerre et d’association de malfaiteurs. Selon lui, ces chefs d’inculpation ne reposeraient sur aucun élément factuel et auraient conduit à une condamnation qu’il qualifie d’« injuste ». Il rappelle par ailleurs avoir interjeté appel du jugement rendu le 8 mai 2026, soulignant que la procédure est toujours pendante devant la Cour d’appel.
Au-delà de sa situation personnelle, Max Kemkoye élargit son analyse à la gouvernance du pays. Il estime que son incarcération n’a apporté aucune réponse aux difficultés auxquelles les populations sont confrontées, notamment en matière d’accès à l’eau et à l’électricité, de coût de la vie, de gouvernance publique ou encore de développement économique. Selon lui, le Tchad continue de faire face à d’importants défis institutionnels et sociaux qui nécessitent des réponses structurelles.
Dans son adresse au chef de l’État, l’ancien candidat à la présidentielle évoque également les propos attribués à l’ancien président Idriss Déby Itno, selon lesquels « après moi, ce sera le chaos ». Il invite Mahamat Idriss Déby Itno à empêcher que cette prédiction ne devienne réalité en engageant des réformes profondes capables de restaurer la confiance entre les institutions et les citoyens.
Pour y parvenir, Max Kemkoye propose plusieurs pistes. Il plaide notamment pour la mise en place d’une administration publique davantage fondée sur l’éthique et les compétences, l’organisation d’assises nationales consacrées à la gouvernance, ainsi qu’une conférence nationale administrative, institutionnelle et budgétaire destinée à refonder les mécanismes de fonctionnement de l’État. Il suggère également un colloque national réunissant les compétences tchadiennes de l’intérieur comme de la diaspora afin d’élaborer des solutions aux défis économiques, sociaux et institutionnels du pays.
Tout au long de son message, l’opposant insiste sur la nécessité de privilégier le dialogue politique, le respect des libertés publiques et la réconciliation nationale. Il estime que la stabilité du pays repose avant tout sur la confiance des citoyens envers les institutions plutôt que sur le seul recours à la force.
En conclusion, Max Kemkoye affirme adresser son message « avec toute la déférence due au rang du président de la République », tout en l’exhortant à gouverner « pour tous les Tchadiens » et à engager les réformes qu’il juge indispensables au renforcement de l’État et à l’amélioration des conditions de vie des populations.
Cette lettre intervient dans un contexte où le débat sur les libertés publiques, la justice et le dialogue politique continue d’alimenter les discussions au sein de la classe politique et de la société civile tchadiennes.
MBAÏLEDE Trésor
