Tchad : d’un territoire sous pression à un laboratoire de résilience régionale
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Tchad : d’un territoire sous pression à un laboratoire de résilience régionale

Trois ans après le début du conflit soudanais, le Tchad continue d’absorber l’un des plus vastes mouvements de population de son histoire contemporaine. Plus d’un million de personnes réfugiés soudanais et ressortissants tchadiens revenus d’exil, ont traversé la frontière depuis avril 2023, bouleversant les équilibres sociaux, économiques et sécuritaires d’un pays déjà confronté à d’importantes fragilités structurelles.

Dans un article d’analyse, le Coordonnateur résidant des Nations Unies au Tchad, Dr François Batalingaya, met en lumière une réalité devenue incontournable : le pays se situe aujourd’hui à l’intersection entre urgence humanitaire, résilience communautaire et développement à long terme, un triangle complexe que les Nations Unies tentent de gérer de manière intégrée.

Fin 2025, le Tchad hébergeait plus de 1,2 million de personnes déplacées, en majorité des femmes et des enfants. Face à cet afflux massif, les autorités tchadiennes, épaulées par les agences onusiennes, ont procédé à la relocalisation de près de 600 000 personnes vers des sites planifiés, loin des zones frontalières où conditions sanitaires et risques sécuritaires menaçaient quotidiennement les nouveaux arrivants.

Parallèlement, le pays s’est imposé comme un nœud logistique humanitaire pour l’ensemble de la région. Plus de 2 600 convois transfrontaliers ont acheminé près de 4,6 millions de tonnes de vivres et provisions vers le Soudan, contribuant à soutenir plus de 32 millions de personnes affectées par la guerre.

Ces efforts, pourtant notables, se sont déroulés sous la contrainte d’un financement insuffisant : en 2025, le Plan de réponse humanitaire n’a été couvert qu’à 28 %, forçant les acteurs de terrain à faire davantage avec beaucoup moins.

L’année 2025 a également été marquée par une flambée de choléra, alimentée par les mouvements de population. En soutien au ministère de la Santé, les Nations Unies ont enclenché une riposte rapide : plus d’un million de personnes ont été vaccinées en urgence, permettant de circonscrire l’épidémie en cinq mois.

Pour Dr Batalingaya, l’épisode illustre une évidence : investir tôt dans la prévention est moins coûteux humainement et financièrement que gérer les conséquences d’une crise non anticipée.

Alors que 40 % des Tchadiens vivent sous le seuil de pauvreté et que plus de 80 % subissent des privations multiples, le pays peine encore à structurer des services de base capables de résister aux chocs. C’est dans cette optique que le nouveau Cadre de coopération des Nations Unies (UNSDCF 2024–2026) s’est donné pour priorité la protection des services sociaux essentiels et le renforcement des systèmes communautaires.

Les Nations Unies travaillent de concert avec les institutions financières internationales pour transformer les ressources mobilisées en investissements durables : éducation, adaptation climatique, gouvernance locale et accès à des services publics de base.

Entre 2023 et 2025, les agences onusiennes ont accompagné les institutions tchadiennes dans un vaste processus politique : pourparlers de paix, Dialogue national, réformes institutionnelles et élections successives, jusqu’à l’adoption d’une nouvelle Constitution.

D’importants chantiers demeurent ouverts :

  • Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR),
  • Renforcement de la Médiature,
  • Mise en œuvre de la décentralisation, jugée cruciale pour la redistribution du pouvoir local,
  • Appui aux droits humains et à la justice, avec notamment la libération de centaines de détenus et l’adoption d’un cadre national pour la réconciliation.

Ces interventions restent modestes en termes financiers, mais essentielles pour consolider la paix.

Entre 2023 et 2025, les Nations Unies ont investi plus de 2,2 milliards de dollars au Tchad. La tendance observée est celle d’un glissement progressif d’une logique strictement humanitaire vers une vision plus intégrée : transferts monétaires, programmes de résilience, gouvernance locale, adaptation climatique et cohésion sociale.

La stratégie repose désormais sur un partenariat élargi, associant Banque mondiale, Banque africaine de développement, Union européenne, agences bilatérales et acteurs régionaux afin d’optimiser chaque investissement et de cibler les zones les plus fragiles.

Malgré ses vulnérabilités persistantes, le Tchad s’impose comme un acteur clé dans la stabilité du Sahel et de l’Afrique centrale. L’expérience des trois dernières années montre que la solidarité internationale, lorsqu’elle est cohérente, alignée et durable, peut transformer une crise en opportunité de refondation.

Pour Dr François Batalingaya, la conclusion est limpide : soutenir le Tchad n’est pas un geste humanitaire isolé, mais un investissement stratégique dans la sécurité et la prospérité régionales.

La Rédaction

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