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Tchad : Face au regain de violences à Miski, les cadres du Tibesti sonnent l’alarme et réclament une paix durable

Dix-huit mois après un nouvel accord de paix, les affrontements meurtriers dans le département d’Emi-Koussi ravivent les inquiétudes. Dans un appel lancé le 19 octobre 2026 à N’Djamena, les cadres du Tibesti plaident pour la fin des hostilités, l’application des engagements de Bardaï et la mise en place d’un mécanisme permanent de dialogue.

Le Tibesti peut-il enfin sortir du cycle des affrontements et des accords fragilisés ? C’est la question qui se pose après les nouveaux combats survenus le 14 octobre 2026 à Miski, dans le département d’Emi-Koussi. Face à cette recrudescence de la violence, des cadres de la province ont décidé de rompre le silence. Dans une déclaration collective rendue publique le 19 octobre à N’Djamena, ils lancent un appel pressant à la désescalade et exhortent les protagonistes à privilégier une solution négociée.

Les affrontements, qui ont opposé les Forces de défense et de sécurité au Comité d’autodéfense de Miski, ont fait des victimes dans les deux camps, selon les signataires. Un bilan humain douloureux qui intervient moins de deux ans après la conclusion d’un nouvel accord de paix à Bardaï, ravivant les interrogations sur l’efficacité des engagements pris pour stabiliser durablement cette partie du nord du Tchad.

Pour les signataires, la répétition des violences témoigne d’une impasse qui perdure. Des affrontements enregistrés entre 2018 et 2020 à ceux d’octobre 2025, jusqu’aux derniers événements, aucune solution définitive n’a permis de régler les tensions autour de l’exploitation des ressources aurifères.

Au contraire, cette instabilité continue de compromettre le retour des services publics dans le département d’Emi-Koussi. L’école, les structures sanitaires et l’administration, indispensables à l’amélioration des conditions de vie des habitants, restent au cœur des préoccupations exprimées dans cet appel.

Les cadres du Tibesti estiment ainsi que la poursuite des confrontations ne peut qu’aggraver les souffrances des populations civiles, premières victimes d’une crise dont les ressorts dépassent désormais la seule question sécuritaire.

Ils adressent leurs condoléances aux familles endeuillées, sans distinction d’appartenance ou de camp, et réclament une prise en charge appropriée de tous les blessés. Pour eux, chaque vie perdue représente une tragédie humaine et une perte pour l’ensemble de la nation tchadienne.

Au-delà de l’urgence sécuritaire, les signataires mettent l’accent sur la nécessité de transformer les engagements politiques en résultats concrets. Ils demandent l’application intégrale de l’accord signé le 20 avril 2025 à Bardaï, présenté comme l’un des principaux fondements d’une sortie de crise.

Leur message s’adresse aussi bien au Comité d’autodéfense de Miski qu’au Gouvernement. Le premier est appelé à respecter les engagements pris, tandis que les autorités gouvernementales sont invitées à honorer les leurs.

Les cadres rappellent toutefois que le rétablissement de l’autorité de l’État demeure essentiel à la protection des personnes et des biens, à l’application de la loi et à une gestion organisée des richesses minières. Selon eux, les ressources du sous-sol doivent contribuer au développement des communautés locales tout en profitant à la nation dans son ensemble.

L’enjeu est donc double : garantir le respect des institutions et des règles communes, tout en veillant à ce que les engagements pris dans le cadre du processus de paix produisent des effets tangibles sur le terrain.

Conscients que la simple cessation des combats ne suffira pas à enrayer durablement les tensions, les signataires proposent la création d’un Cadre permanent de concertation pour la paix au Tibesti. Cette instance travaillerait en coordination avec la commission de suivi du Médiateur de la République.

Sa composition serait inclusive : autorités administratives et coutumières, élus, cadres de la province, représentants des femmes, des jeunes et de la société civile. L’objectif serait de faire de la concertation un instrument régulier de prévention des conflits, plutôt qu’un recours ponctuel après chaque flambée de violence.

Cette structure aurait notamment pour mission d’identifier sans complaisance les causes profondes de la crise, de formuler des propositions sur l’application du Code minier et la formalisation des activités minières, mais aussi de suivre l’exécution de l’accord de Bardaï.

Elle serait également chargée de mieux informer les populations afin de limiter la circulation des fausses informations et des rumeurs susceptibles d’alimenter les tensions.

À travers cette proposition, les cadres défendent une approche qui associe dialogue politique, gouvernance minière, transparence et implication des communautés. Une démarche destinée à traiter les causes du conflit, au lieu de se limiter à ses manifestations les plus violentes.

Contre les discours de division, l’unité nationale en ligne de mire

Autre sujet de préoccupation : la propagation de messages hostiles et de discours de division sur les réseaux sociaux. Les signataires mettent en garde contre ces prises de parole qui risquent d’attiser les antagonismes et de fragiliser davantage la cohésion sociale.

Ils appellent les Tchadiens, et particulièrement les filles et fils du Tibesti, à ne pas céder aux provocations et à soutenir les efforts de réconciliation. La population de cette province, rappellent-ils, a déjà payé un lourd tribut aux conflits et aspire désormais à consacrer ses énergies à la reconstruction et au développement.

Leur appel s’inscrit dans la perspective de paix et d’unité nationale défendue par les plus hautes autorités du pays, sous la conduite du président de la République, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno.

En conclusion, les signataires se disent disposés à mettre leur expérience et leur influence au service d’une initiative de concertation susceptible de rapprocher les parties. Ils expriment également l’espoir que le Gouvernement et le Comité d’autodéfense de Miski accueilleront favorablement les premières recommandations du futur cadre dès sa mise en place.

Mais, au-delà des déclarations et des appels, la crédibilité du processus dépendra de la volonté des protagonistes de respecter leurs engagements et de faire prévaloir l’intérêt collectif sur les logiques de confrontation.

À Miski, la paix ne peut plus se réduire à la signature de nouveaux documents suivis de retours périodiques à la violence. Elle suppose un dialogue constant, une gestion transparente des ressources aurifères, le respect des accords et le rétablissement effectif des services publics.

Le message des cadres du Tibesti est sans équivoque : il est temps de rompre avec la répétition des crises et d’ouvrir une nouvelle page, fondée sur la responsabilité, la réconciliation et le développement. Car, pour les populations d’Emi-Koussi, l’urgence n’est plus seulement de faire taire les armes, mais de pouvoir enfin vivre, apprendre, se soigner et bâtir leur avenir dans la paix.

MBAÏLEDE Trésor

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