Ce vendredi 3 avril 2026, l’École Nationale d’Administration a accueilli dans l’amphithéâtre IDI un large public composé d’étudiants, de chercheurs et de spécialistes pour une conférence-débat consacrée à un sujet devenu crucial : « Les extrêmes climatiques : le Tchad face aux fluctuations du climat ». L’exposé principal a été assuré par la climatologue Dr Florence Sylvestre, directrice de recherches à l’Institut de Recherche pour le Développement et professeure associée à l’Université de N’Djamena, qui a livré un diagnostic sans détour sur la situation climatique du pays.
Dès les premières minutes, la chercheuse a dressé un tableau sans ambiguïté : le Tchad, pays sahélien parmi les plus exposés, subit aujourd’hui une variabilité climatique aggravée. Les précipitations deviennent de plus en plus irrégulières, les périodes de sécheresse gagnent en intensité et les événements extrêmes, inondations soudaines, vagues de chaleur, pluies violentes se multiplient. À N’Djamena, les relevés montrent une augmentation notable des pluies depuis 2020, signe d’un climat de plus en plus instable et difficile à anticiper.
Pour replacer ces évolutions dans leur contexte historique, Dr Sylvestre est revenue sur les grandes oscillations climatiques du siècle dernier. Entre 1900 et 1940, le Tchad a traversé une longue période de sécheresse, suivie entre 1940 et 1960 d’un retour à des conditions plus humides. Les années 1970 et 1980 ont été marquées par des sécheresses sévères, encore inscrites dans la mémoire collective, avant de laisser place, depuis les années 1990, à une instabilité chronique ponctuée d’extrêmes plus fréquents.
L’un des points forts de son intervention a été de rappeler que le réchauffement global ne se traduit pas partout de la même manière. Contrairement à l’idée répandue d’un Tchad condamné à la sécheresse, l’augmentation des températures à l’échelle planétaire se manifeste localement par une hausse des précipitations. Comprendre les mécanismes régionaux qui influencent ces fluctuations est, selon elle, une étape indispensable pour anticiper les futures crises climatiques et développer des stratégies d’adaptation réellement efficaces.
Face à ces défis, plusieurs pistes d’action ont été évoquées. La spécialiste appelle au renforcement des dispositifs d’alerte et de prévention face aux phénomènes extrêmes, ainsi qu’à une gestion de l’eau plus intelligente et mieux adaptée aux besoins agricoles, domestiques et industriels. Elle insiste également sur l’importance d’une protection durable des ressources hydriques, notamment des lacs et des zones humides, de plus en plus menacés par la pression humaine et les mutations environnementales.
La conférence s’est conclue par un échange nourri entre les participants et l’experte, témoignant d’un intérêt croissant pour les enjeux climatiques au sein de la communauté académique et au-delà. Une photo de groupe est venue immortaliser cette matinée placée sous le signe de la science, de l’urgence environnementale et d’une prise de conscience collective toujours plus nécessaire.
MBAÏLEDE Trésor
