Le Groupe de Concertation des Acteurs Politiques (GCAP) a lancé ce jeudi une mise en garde d’une rare fermeté contre les « tractations diplomatiques » en cours entre le président français Emmanuel Macron et le chef de l’État tchadien Mahamat Idriss Déby Itno. Dans un communiqué qualifié « d’intérêt national », l’organisation d’opposition accuse Paris de vouloir « légitimer une seconde fois » un pouvoir qu’elle décrit comme « totalitaire » et « isolé sur la scène internationale ».
Selon le GCAP, la visite annoncée du président, Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno en France intervient dans un contexte de tensions sécuritaires accrues : combats au sud du pays, foyers de violences potentiels à l’est, à l’ouest, au nord et au centre, et un climat politique marqué par la fermeture de l’espace civique. Pour l’opposition, cette rencontre n’a rien d’un rapprochement diplomatique classique : elle serait le point d’aboutissement de « négoces » engagés depuis plusieurs mois entre les deux capitales.
Le GCAP affirme que plusieurs accords seraient en phase de finalisation à Paris, incluant une nouvelle coopération militaire, des dispositifs de renseignement et des partenariats économiques renforcés en faveur d’entreprises françaises. En contrepartie, le mouvement évoque de potentielles concessions tchadiennes : blocs miniers stratégiques, accès militaire élargi et installation de nouvelles infrastructures opérationnelles, notamment pour drones.
Cette dynamique est décrite comme une « transaction » qui engagerait durablement les ressources nationales sans bénéfice réel pour la population tchadienne. Le mouvement accuse le régime de détourner les fruits de la coopération internationale vers « les comptes de ses dignitaires » et l’achat d’équipements destinés à « la surveillance et la répression », avec pour objectif de « pérenniser une dynastie ».
Dans ce communiqué, le GCAP reproche également à la France son silence face aux épisodes qui ont jalonné la transition :
- Le décès controversé du président Idriss Déby Itno le 20 avril 2021,
- La répression meurtrière du 20 octobre 2022,
- L’assassinat de Yaya Dillo le 28 février 2024,
- Les arrestations et condamnations d’opposants, dont celle de Succès Masra,
- Et une série de « braquages électoraux » et d’atteintes aux libertés publiques.
Pour l’opposition, l’attitude française ne serait pas nouvelle : elle prolonge, selon elle, une histoire d’ingérences ayant contribué depuis 1960 à maintenir au pouvoir des régimes autoritaires.
Le GCAP franchit un cap en affirmant que tout accord signé entre Paris et N’Djamena dans les conditions actuelles sera considéré comme « nul et de nul effet ». Il appelle les Tchadiens de l’intérieur et de la diaspora à une « indignation nationale » et invite à défendre la souveraineté du pays face à ce qu’il décrit comme « un projet sinistre ».
Le mouvement promet également de se tourner vers d’autres partenaires internationaux « respectueux de la dignité des Tchadiens » et annonce une mobilisation bilatérale et multilatérale prochaine.
Si les autorités tchadiennes et françaises n’ont pas encore réagi publiquement à ces accusations, le communiqué du GCAP souligne la crispation d’un paysage politique déjà fragile. À la veille de décisions diplomatiques potentiellement majeures, le pays apparaît une nouvelle fois au bord d’un bras de fer entre pouvoir, opposition et partenaires étrangers.
La Rédaction
