À N’Djamena, le Gouvernement et les partenaires humanitaires ont franchi, ce mercredi, un cap décisif avec la signature d’un Mémorandum conjoint consacré à la refonte des mécanismes de coordination de l’aide.
Paraphé par la ministre de l’Action sociale, de la Solidarité et des Affaires humanitaires, Zara Mahamat Issa, et le Coordonnateur résident et humanitaire des Nations unies au Tchad, Dr François Batalingaya, le document marque le lancement d’un processus destiné à rendre la réponse humanitaire plus cohérente, plus proche des populations et davantage articulée autour des priorités nationales.
La cérémonie, qui a réuni des membres du Gouvernement, des représentants des institutions nationales et internationales, des diplomates, des partenaires techniques et financiers ainsi que des organisations humanitaires, s’est également déroulée en présence de Tomte Djimasra Eric, secrétaire général de la Coordination des ONG nationales.
Cette réforme intervient alors que le Tchad fait face à une pression humanitaire particulièrement forte. L’afflux de populations fuyant la guerre au Soudan, les déplacements forcés dans la région du Lac, les inondations récurrentes, l’insécurité alimentaire et les effets croissants du changement climatique exercent une pression considérable sur les capacités nationales et les communautés d’accueil.
Dans ce contexte, N’Djamena entend faire évoluer un dispositif de coordination jugé nécessairement plus adapté aux réalités du terrain. L’ambition affichée est de consolider le rôle de l’État, tout en maintenant l’appui des Nations unies, des ONG et des bailleurs internationaux.
Il ne s’agit donc pas d’un désengagement de la communauté humanitaire internationale, mais d’une nouvelle répartition des responsabilités. Le Gouvernement souhaite désormais que la réponse aux crises soit davantage conçue et pilotée en fonction des priorités du pays et des besoins identifiés au plus près des populations.
Au cœur du projet figure une transformation progressive des mécanismes existants. Le processus prévoit notamment de rapprocher, puis d’unifier progressivement, les dispositifs consacrés à la coordination humanitaire et ceux dédiés aux réfugiés.
L’objectif est de réduire les cloisonnements entre acteurs, d’éviter les chevauchements d’interventions et de favoriser une utilisation plus efficace des ressources disponibles.
Cette nouvelle architecture doit également accorder une place plus importante aux territoires. La prise de décision et la planification devraient progressivement se rapprocher des zones directement confrontées aux crises, afin que les réponses apportées correspondent davantage aux réalités locales.
Pour le Dr François Batalingaya, cette évolution ouvre une nouvelle séquence dans la coopération humanitaire au Tchad. Elle doit permettre de renforcer simultanément le leadership national, l’efficacité des interventions et la capacité des communautés à faire face aux chocs.
De l’urgence aux solutions durables
L’un des enjeux majeurs de la réforme réside dans sa capacité à dépasser la logique de l’urgence permanente.
Le nouveau dispositif entend favoriser une meilleure articulation entre assistance humanitaire, développement et recherche de solutions durables. Autrement dit, l’objectif n’est plus seulement de répondre à une crise lorsqu’elle survient, mais aussi de s’attaquer aux facteurs qui rendent certaines populations durablement vulnérables.
Cette approche devrait notamment mettre l’accent sur les services publics, les infrastructures essentielles, les moyens de subsistance, la cohésion sociale et le renforcement de la résilience des communautés.
Une évolution particulièrement importante pour les territoires qui accueillent simultanément réfugiés, personnes déplacées et populations locales, souvent confrontés aux mêmes difficultés d’accès aux ressources et aux services de base.
Derrière la réforme institutionnelle se trouve un objectif central : améliorer l’impact concret de l’aide sur les populations.
Réfugiés, déplacés internes et communautés hôtes devront être davantage associés à une réponse prenant en compte les spécificités de chaque territoire. Cette orientation vise à éviter les réponses standardisées et à favoriser des interventions mieux adaptées aux besoins réellement exprimés.
Le succès du processus dépendra toutefois de la capacité des différents acteurs à transformer les engagements politiques en mécanismes opérationnels efficaces.
Rendez-vous en janvier 2027
La réforme doit entrer dans sa phase opérationnelle à partir de janvier 2027. Une période transitoire de 12 à 24 mois est prévue afin de permettre une évolution progressive des mécanismes selon les secteurs concernés.
Cette période devra notamment préserver les dispositifs qui fonctionnent, renforcer les compétences des acteurs nationaux et territoriaux et organiser un transfert graduel des responsabilités.
Le chantier s’annonce donc aussi institutionnel qu’opérationnel. Sa réussite reposera sur la capacité du Gouvernement, des Nations unies, des ONG nationales et internationales, des partenaires financiers et des autorités locales à travailler dans un cadre commun.
Avec ce Mémorandum, le Tchad cherche à franchir un nouveau seuil dans la gouvernance de l’aide. Le défi sera désormais de passer des principes à l’action : mieux coordonner, mieux cibler, mieux territorialiser et surtout produire des résultats durables.
Dans un pays confronté à des crises multiples et prolongées, la réforme entend ainsi faire émerger un modèle où le leadership national constitue le socle, la solidarité internationale le levier et les besoins des communautés la priorité.
MBAÏLEDE Trésor
