Du 3 au 30 novembre 2026, la 10ᵉ édition du Mois du Livre et de la Lecture entend raviver le goût de la lecture, célébrer les grandes figures de la littérature tchadienne et rapprocher le savoir des nouvelles générations. Au cœur de cette édition anniversaire : une campagne nationale de lecture quotidienne et une réflexion sur l’avenir du patrimoine écrit à l’ère numérique.
Le livre tchadien s’apprête à franchir un nouveau cap. Dix ans après le lancement du Mois du Livre et de la Lecture, les acteurs de la chaîne littéraire sont appelés à transformer cet anniversaire en une nouvelle impulsion pour la culture, l’éducation et la transmission des connaissances. L’annonce a été faite par le ministre du Développement touristique, de la Culture et de l’Artisanat, Abakar Rozzi Teguil, à l’occasion d’un point de presse consacré à cette manifestation nationale.
Organisée par le département ministériel à travers la Maison des Patrimoines Culturels du Tchad, cette édition se déroulera du 3 au 30 novembre sur l’ensemble du territoire. Placée sous le haut patronage du Premier ministre, Amb. Allamaye Halina, elle portera sur le thème : « 10 ans du Mois du Livre et de la Lecture : de la mémoire écrite aux pratiques numériques ».
Au-delà de la célébration, ce rendez-vous culturel pose une question essentielle : comment donner au livre une place durable dans les habitudes quotidiennes des Tchadiens, notamment des jeunes ?
Pour les autorités culturelles, le défi ne consiste plus seulement à promouvoir les œuvres imprimées, mais aussi à favoriser leur appropriation par les nouvelles générations. Dans un environnement marqué par la progression des écrans et la circulation accélérée de l’information, la lecture demeure un outil fondamental pour développer l’esprit critique, renforcer les capacités d’analyse et lutter contre la désinformation.
Cette décennie d’activités porte également la marque d’un engagement collectif. Écrivains, enseignants, bibliothécaires, éditeurs, libraires, journalistes, établissements scolaires et associations ont contribué à maintenir vivante la passion du livre. Leur mobilisation constitue un acquis sur lequel le pays entend désormais bâtir une politique de lecture plus inclusive et mieux adaptée aux réalités contemporaines.
Le thème retenu pour cette édition traduit une volonté de concilier la sauvegarde du patrimoine littéraire avec l’évolution des modes d’accès au savoir. Romans, contes, poèmes, témoignages et récits historiques constituent une richesse documentaire qui participe à la construction de la mémoire collective nationale.
Mais conserver les œuvres ne suffit pas : encore faut-il permettre au plus grand nombre de les découvrir. Livres électroniques, livres audio, archives numérisées et bibliothèques virtuelles ouvrent ainsi de nouvelles perspectives pour diffuser la littérature tchadienne au-delà des circuits traditionnels.
L’enjeu est double : préserver les écrits qui racontent l’histoire et l’identité du pays, tout en exploitant les possibilités offertes par les technologies pour toucher les lecteurs de demain. Une évolution qui pourrait également accroître la visibilité des auteurs tchadiens sur la scène régionale et internationale.
Parmi les principales innovations annoncées figure la campagne « 15 minutes pour lire ». Le principe est simple : inviter les administrations, les entreprises, les écoles, les universités, les associations et les institutions culturelles à réserver chaque jour un quart d’heure à la lecture pendant tout le mois de novembre.
Chaque structure pourra choisir le moment qui lui convient ainsi que le contenu à partager : roman, poésie, conte, nouvelle, ouvrage scientifique, journal ou revue.
Derrière cette initiative se dessine une ambition plus large : faire sortir la lecture du cadre scolaire et des cercles intellectuels pour l’installer dans les espaces de travail, les lieux d’apprentissage et la vie collective. En consacrant quelques minutes par jour aux livres, les participants sont invités à renouer avec une pratique qui nourrit la curiosité, enrichit le vocabulaire et stimule la réflexion.
La portée de cette campagne dépendra toutefois de sa capacité à mobiliser durablement les structures concernées et à transformer cet effort ponctuel en habitude après la clôture de l’événement.
La Bibliothèque nationale accueillera également une exposition dédiée aux pionniers de la littérature tchadienne et aux lauréats du Grand Prix littéraire du Tchad. Cette initiative entend remettre en lumière les auteurs qui ont contribué, par leurs œuvres, à enrichir le patrimoine national et à faire entendre les voix tchadiennes.
À travers cette reconnaissance, les organisateurs souhaitent établir un lien entre les générations : permettre aux jeunes lecteurs de découvrir les écrivains qui ont marqué l’histoire littéraire du pays et encourager de nouveaux talents à prendre la plume.
Le programme prévoit par ailleurs des rencontres littéraires, des conférences-débats, des séances de lecture dans les établissements scolaires, des ateliers d’écriture ainsi que des expositions-ventes de livres. Autant d’activités destinées à rapprocher les auteurs de leur public et à stimuler la création.
Le ministre Abakar Rozzi Teguil appelle les institutions publiques et privées, les autorités provinciales, les responsables traditionnels, les partenaires au développement et les organisations de la société civile à s’impliquer dans cette mobilisation.
L’objectif affiché est de faire du livre un instrument d’éducation, de cohésion sociale et de développement humain. Car une nation ne se construit pas uniquement par ses infrastructures et ses performances économiques : elle se forge aussi par la qualité de son système éducatif, la vitalité de sa production intellectuelle et sa capacité à transmettre son histoire.
À l’heure où les usages numériques redessinent les habitudes culturelles, le Tchad joue une partie importante : faire en sorte que la technologie ne relègue pas le livre au second plan, mais lui offre de nouveaux lecteurs et de nouveaux horizons. Du 3 au 30 novembre, cette dixième édition sera ainsi attendue sur sa capacité à dépasser le cadre des cérémonies pour inscrire durablement la lecture dans les pratiques quotidiennes.
Dix ans après ses premiers pas, le Mois du Livre et de la Lecture ambitionne désormais de transformer une célébration culturelle en un mouvement national en faveur du savoir, de la mémoire et de l’avenir.
MBAÏLEDE Trésor
