À l’occasion de la Journée mondiale des droits des consommateurs, célébrée chaque 15 mars depuis son institution en 1983 par Consumers International, l’Association pour la Défense des Consommateurs du Tchad a brossé un tableau alarmant des difficultés auxquelles font face les citoyens. Lors d’un point de presse tenu le 14 mars à N’Djamena, son coordonnateur, Yaya Sidjim, a dénoncé un enchaînement de dérives qui met en péril la santé, le pouvoir d’achat et les droits fondamentaux des consommateurs. Placée sous le thème « Des produits sûrs, des consommateurs confiants », l’édition 2026 de la JMDC révèle un fossé béant entre les garanties inscrites dans la loi et la réalité quotidienne.
La loi tchadienne de 2015 consacre neuf droits essentiels, dont la sécurité, l’information, le choix et un environnement sain. Pourtant, les marchés regorgent de produits préemballés importés, périmés, mal étiquetés ou ne respectant aucune norme. L’ADC évoque également la prolifération de boissons sucrées saturées d’additifs chimiques et l’usage anarchique d’engrais et de pesticides dans l’agriculture, faute de contrôles rigoureux et de campagnes de sensibilisation suffisantes. Pour l’organisation, cette dérive représente une menace directe pour la santé publique.
Les défaillances ne se limitent pas aux étals du marché. Dans les services publics, les coupures incessantes d’électricité et d’eau, conjuguées à la rareté du gaz butane et aux pénuries cycliques de carburant, empoisonnent le quotidien des ménages. Ces ruptures alimentent la spéculation, fragilisent les plus modestes et minent un peu plus la confiance déjà ébranlée des consommateurs envers les institutions censées les protéger.
Le secteur des télécommunications n’est pas épargné. Les perturbations fréquentes du réseau, la mauvaise qualité de la connexion internet et l’absence de compensation en cas d’incident suscitent la colère des usagers. Plus inquiétant encore, l’ADC affirme que certains agents de mobile money prélèvent jusqu’à 10 % du montant reçu, en plus des frais officiels, au mépris total des règles en vigueur.
Face à ces dérives, l’association appelle le gouvernement à renforcer les contrôles économiques, à interdire les produits agricoles dangereux et à doter la brigade économique de moyens matériels adaptés. Elle insiste également sur l’urgence d’appliquer strictement les textes relatifs à l’affichage des prix et à la vente à la pesée, ainsi que de réguler de manière ferme les opérateurs télécoms pour mettre fin aux abus.
Si l’État a un rôle déterminant à jouer, la responsabilité citoyenne demeure tout aussi essentielle. L’ADC invite les consommateurs à connaître leurs droits, à refuser les pratiques illicites et à signaler les abus. La Journée mondiale des droits des consommateurs, héritée du discours historique de John F. Kennedy, rappelle que la protection du consommateur n’est pas un privilège mais un droit universel et inaliénable.
En 2026, l’alerte lancée est claire : restaurer la confiance exige des produits sûrs, des services fiables et un engagement collectif pour que le consommateur tchadien ne soit plus jamais le maillon faible de la chaîne économique.
La Rédaction
