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Tchad : Saleh Kebzabo, de l’opposition à l’arbitrage, un parcours au service de la paix

Ancien opposant historique à Idriss Déby Itno, journaliste de formation, président de l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR) depuis 1992, député, ministre puis Premier ministre de transition, Saleh Kebzabo est aujourd’hui Médiateur de la République du Tchad. Nommé le 5 février 2024, l’ambassadeur s’est confié à VentdAfrique.com sur les défis de sa fonction et sur l’actualité politique nationale et régionale.

Un peu plus d’un an après sa nomination, Saleh Kebzabo affirme ne pas mesurer son action à sa satisfaction personnelle, mais aux résultats obtenus :

« Le plus important, c’est d’être à l’écoute des populations que l’on sert. Nous avons désamorcé des grèves, résolu des conflits de chefferie traditionnelle et apaisé des tensions entre administration et administrés. »

Selon lui, la Médiature ne se limite pas aux conflits armés. Elle intervient aussi dans les différends sociaux, syndicaux et communautaires.

Le nord du pays, notamment la région du Tibesti, demeure un foyer sensible. En avril 2025, un accord de paix a été signé à Miski entre le gouvernement et le Comité populaire Diffa Al-Watan, sous la facilitation de la CEN-SAD. Ce texte prévoit notamment une amnistie générale pour les belligérants.

« Cet accord est destiné à consolider la stabilité et à favoriser le développement. Nous espérons que les populations du Tibesti pourront jouir pleinement des richesses de leur région et se sentir Tchadiens à part entière », insiste le Médiateur.

Il rejette toutefois les rumeurs de reprise des hostilités :

« Aucune arme n’a crépité. Ceux qui colportent ces informations ont intérêt à entretenir la confusion afin de continuer à profiter des ressources minières. »

Alors que plusieurs voix au sein du gouvernement plaident pour une éventuelle adhésion du Tchad à l’Alliance des États du Sahel (AES), Saleh Kebzabo se montre catégorique :

« Le Tchad n’a pas l’intention d’adhérer à l’AES. Ces pays n’ont pas la même histoire, ni la même culture. Et surtout, nous vivons une démocratie pluraliste où la liberté d’expression existe, contrairement à ce que l’on observe ailleurs. »

Pour l’ancien Premier ministre, la défense des libertés demeure au cœur de son action :

« La conquête des libertés n’est jamais achevée. Nous devons rester vigilants pour éviter toute dérive dictatoriale. Sans liberté, rien de profond ne peut être entrepris. »

À propos de la détention du président nigérien déchu Mohamed Bazoum, Saleh Kebzabo rappelle son attachement personnel :

« Le président Bazoum et son épouse sont des amis. Leur cas n’est pas oublié, des actions diplomatiques sont en cours pour leur libération. »

Concernant la condamnation de Succès Masra à 20 ans de prison, il adopte une position prudente :

« L’affaire Masra est une affaire nationale. Il faut absolument respecter le droit et les garanties de procédure. Mandela, son idole, a lui aussi connu la prison. Mais la légalité doit rester notre boussole. »

En conclusion, l’ambassadeur Saleh Kebzabo rappelle que la Médiature œuvre pour l’unité et la réconciliation nationale :

« Nous nous battons pour que la démocratie demeure une réalité au Tchad, et pour que ce soit en toute liberté que nous travaillons à la paix. »

La Rédaction

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