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Tchad : un nouveau décret sur les passeports officiels, entre promesse de rigueur et maintien des privilèges

Le gouvernement tchadien a adopté, le 5 décembre 2025, le décret n°3004 réformant le régime des passeports diplomatiques et de service. Présenté comme une refonte majeure, le texte modernise un cadre vieux de près de trente ans, sans pour autant rompre avec certaines pratiques contestées.

Abrogeant le décret de 1997, la nouvelle réglementation redéfinit les catégories de bénéficiaires autorisés à obtenir des documents officiels de voyage. Exit le « passeport spécial », considéré comme obsolète. Désormais, seules deux catégories subsistent : le passeport diplomatique, rouge bordeaux, et le passeport de service, marron.
Cette simplification vise à harmoniser les usages et à limiter les dérives qui ont entaché la gestion des passeports officiels ces dernières années.

Parmi les changements les plus remarqués figure la suppression du droit au passeport officiel pour les conjoints de parlementaires. Une décision présentée comme un recentrage sur les « fonctions essentielles de l’État ». Le décret impose également la restitution des anciens passeports avant toute nouvelle demande, mesure censée renforcer la transparence administrative.

Malgré ces signaux de rigueur, un point essentiel demeure inchangé : le Président de la République conserve la faculté d’accorder un passeport diplomatique à « toute autre personnalité ». Cette clause, largement discrétionnaire, perpétue la possibilité d’attributions exceptionnelles, au cœur des critiques récurrentes visant l’opacité du système.

Si la réforme apporte une mise à jour technique et encadre davantage l’accès aux passeports officiels, elle préserve en grande partie la logique de privilège. L’intention affichée de moraliser l’attribution des documents coexiste ainsi avec un mécanisme présidentiel qui permet de contourner la liste formelle des ayants droit.

Au final, le décret n°3004 marque une modernisation nécessaire, mais laisse planer le sentiment que, dans les hautes sphères du pouvoir tchadien, certaines habitudes restent tenaces.

La Rédaction

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