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Tchad : un vieux conflit foncier rallume le débat sur l’impunité des élites

À N’Djamena, une affaire foncière que beaucoup croyaient enterrée refait brutalement surface, réveillant les critiques sur la capacité de la justice tchadienne à résister aux pressions des puissants. Le 12 avril, la famille de l’ancien diplomate Mahamat Saleh Adoum Djerou est sortie du silence pour dénoncer ce qu’elle qualifie de « blocage organisé » au sommet de l’appareil sécuritaire.

Réunis devant la presse, les héritiers ont exposé un dossier qui les oppose depuis plus de vingt ans à un général de l’armée, accusé d’ignorer sciemment des décisions judiciaires pourtant définitives. Au centre de la discorde : une parcelle située à Al-Bitkey III, dans la province du Chari-Baguirmi. Elle aurait été attribuée en 2003 au diplomate par une autorité coutumière reconnue, attribution ensuite confirmée par les instances traditionnelles puis par plusieurs jugements.

Mais pour la famille, le droit n’a jamais vraiment été appliqué. Selon leur porte-parole, non seulement leur adversaire refuserait de libérer le terrain, mais il aurait aussi procédé à des destructions répétées de biens. Ces actes auraient entraîné une condamnation à trois ans d’emprisonnement ferme prononcée à l’encontre du général. Un verdict qui, en l’absence d’exécution du mandat d’arrêt, n’a pourtant jamais été suivi d’effet.

L’affaire a pris une tournure plus inquiétante en janvier dernier. Les héritiers affirment qu’une attaque armée aurait visé l’un de leurs représentants. Une plainte aurait été transmise aux autorités, mais aucune suite n’a, selon eux, été donnée. Pour la famille, ce mutisme judiciaire illustre une « justice à deux vitesses » qui protégerait les figures d’autorité au détriment des citoyens ordinaires.

Après des années de démarches restées lettre morte, les ayants droit appellent désormais à un arbitrage présidentiel. Ils demandent au chef de l’État d’intervenir pour garantir que les décisions de justice soient enfin appliquées, quels que soient le grade ou le statut des protagonistes.

Au-delà du cas Djerou, l’affaire relance une question centrale : les institutions tchadiennes sont-elles en mesure de faire respecter la loi face à l’influence des hauts responsables ? Pour la famille, l’enjeu dépasse largement leur héritage foncier. C’est, disent-ils, la crédibilité même de l’État de droit qui se joue dans cette parcelle d’Al-Bitkey III.

La Rédaction

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