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Tchad Uni : la bataille autour d’un nom qui prend une tournure politique et judiciaire

Au Tchad, un différend autour d’une appellation politique prend une nouvelle dimension. Le Parti Tchad Uni, dirigé par Mahamat Zène Chérif, hausse le ton et interpelle directement les plus hautes autorités du pays sur l’utilisation de son nom par une autre entité politique.

Lors d’un point de presse tenu ce mardi à N’Djamena, la formation a publiquement réaffirmé son opposition à l’emploi de la dénomination « Tchad Uni » par l’ancienne coalition présidentielle constituée autour du Mouvement patriotique du salut (MPS). Pour ses responsables, il ne s’agit pas d’une querelle sémantique, mais d’une question touchant à l’identité juridique et à la reconnaissance d’un parti politique.

Mahamat Zène Chérif fonde sa contestation sur l’histoire juridique de sa formation. Selon les éléments présentés lors du point de presse, le Parti Tchad Uni aurait été créé en octobre 2021 avant d’obtenir sa reconnaissance officielle le 28 avril 2023, sous le Folio n°541, avec la devise « Justice – Travail – Développement ».

Le parti estime dès lors disposer d’une antériorité juridique sur cette appellation. C’est précisément cette antériorité que ses dirigeants opposent à la création, le 2 mars 2024, d’une coalition portant également le nom de « Tchad Uni » et destinée à soutenir la candidature du président de la transition à l’élection présidentielle.

Pour le président du parti, cette coexistence de deux appellations identiques est susceptible d’entretenir la confusion dans l’espace politique et auprès de l’opinion publique.

Le conflit n’est pas nouveau. Il est actuellement examiné par la Cour d’appel de N’Djamena, où les deux parties défendent leurs positions respectives. Le Parti Tchad Uni est assisté par le cabinet Olivier Allaguerbaye, tandis que le MPS est représenté par le cabinet Padaré.

Mais au-delà du fond du dossier, c’est la durée de la procédure qui suscite l’agacement des responsables du parti de Mahamat Zène Chérif. Ils évoquent une procédure qui s’étire depuis près de deux ans et demi et dénoncent des lenteurs ainsi que des difficultés procédurales ayant, selon eux, retardé l’issue du contentieux.

Cette attente nourrit désormais une revendication centrale : obtenir une décision judiciaire permettant de clarifier définitivement les droits liés à l’utilisation de la dénomination contestée.

Derrière le nom « Tchad Uni », c’est en réalité la question de la protection de l’identité des formations politiques qui se trouve posée.

Pour le parti de Mahamat Zène Chérif, la reconnaissance administrative d’une formation politique doit produire des effets concrets, notamment en matière de protection de son identité, de son appellation et de ses signes distinctifs. L’utilisation d’un nom identique par une autre structure pourrait, selon cette lecture, fragiliser la lisibilité de la vie politique et créer une confusion auprès des électeurs.

Le dossier soulève ainsi une interrogation plus large : dans quelle mesure le cadre juridique tchadien protège-t-il effectivement l’identité des partis politiques une fois ceux-ci légalement constitués et reconnus ?

Malgré la fermeté affichée, le Parti Tchad Uni assure ne pas vouloir transformer le dossier en confrontation politique. Ses responsables avancent plutôt deux pistes pour sortir de l’impasse.

La première consiste à laisser la justice trancher le litige dans le cadre d’un procès public, équitable et contradictoire. La seconde repose sur une intervention du chef de l’État à travers une médiation susceptible de favoriser une solution politique et institutionnelle.

Une correspondance présentant les griefs du parti et ses propositions doit être adressée ce mardi au président de la République, Mahamat Idriss Déby Itno.

À travers cette démarche, la formation entend attirer l’attention de l’exécutif sur un contentieux qu’elle considère désormais comme suffisamment ancien pour nécessiter une clarification.

Le Parti Tchad Uni veut ainsi replacer le débat sur le terrain du droit plutôt que sur celui de la confrontation politique. Pour ses dirigeants, l’enjeu est moins de revendiquer un monopole politique que de faire reconnaître une identité qu’ils considèrent comme juridiquement établie.

Alors que la procédure judiciaire suit son cours, le conflit autour du nom « Tchad Uni » illustre une fois encore les tensions qui peuvent surgir autour de la reconnaissance, de l’identification et de la représentation des acteurs politiques.

La balle est désormais dans le camp de la justice, mais aussi, indirectement, dans celui des autorités politiques appelées à contribuer à une clarification. Pour la formation de Mahamat Zène Chérif, une issue rapide permettrait non seulement de mettre fin à un contentieux qui s’éternise, mais également de réaffirmer un principe essentiel : dans une démocratie, l’identité juridique d’un parti ne saurait être une zone de confusion.

MBAÏLEDE Trésor

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